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Nous aussi, nous voulons l'égalité.

Written by Raphaël Glucksmann et Michel Hazanavicius | Jan 27, 2018 12:24:01 PM

Depuis l’éclatement de l’affaire Weinstein, le mouvement #MeToo a ébranlé l’antique domination masculine de l’espace public. Tant mieux !

Des centaines de milliers de femmes ont pris la parole, raconté les agressions sexuelles et le harcèlement, partagé leurs expériences et leurs colères.

Notre réaction fut d’abord de nous taire et de lire, d’écouter ce qu’elles avaient à nous dire d’elles-mêmes, du monde et de nous. Depuis la nuit des temps, nos mots d’hommes structurent le débat et il nous a semblé évident, essentiel d’assister au déploiement de ces discours et de ces récits féminins.

Puis la question de nos libertés d’hommes - de séduire, d’importuner, de draguer ou de flirter - s’est posée. Et il nous faut donc prendre la parole à notre tour.

Pour dire que nous ne voulons pas de ces « libertés » si elles s’inscrivent dans des situations et des structures de domination : on nous a appris enfants que notre liberté s'arrêtait là où commençait celle des autres et nous pensons que la liberté des femmes à ne pas être importunées est ici la question centrale. 

Pour affirmer que, loin de nous angoisser, ce mouvement d’émancipation nous réjouit car il ne s’agit pas d’une révolte des femmes contre les hommes mais d’un combat commun contre les injustices faites aux femmes.

Pour assurer qu'à l'horizon de #MeToo, par-delà les troubles et les vertiges du moment, nous ne voyons pas poindre le puritanisme, mais une libération sexuelle, la possibilité de séduire et d’aimer entre égales et égaux. Une « révolution du désir » telle que l’a désignée Natalie Portman.

Pour réclamer avec les femmes qui le font courageusement la fin de l’omerta et de l’impunité pour les agresseurs. Nous aussi, nous voulons l’égalité qui seule nous rendra tous et toutes réellement libres.

Nous aussi. We Too.