L’œuvre de Koons n'a rien à voir avec l’attaque du 13 novembre, déclarent les victimes

L’œuvre de Koons n'a rien à voir avec l’attaque du 13 novembre, déclarent les victimes

Dans le débat sur l’installation annoncée d’une sculpture monumentale de Jeff Koons à Paris, en hommage aux victimes des attaques islamistes de 2015, les victimes prennent enfin la parole. Entretien avec Arthur Dénouveaux, président de l’association « Life For Paris : 13 novembre 2015 » qui regroupe plus de 700 victimes des attaques terroristes de novembre 2015.

En novembre 2016, Anne Hidalgo fait une annonce depuis l’ambassade des États-Unis : l’artiste américain Jeff Koons offre à Paris une sculpture commémorant les attaques terroristes de 2015. En tant que représentant des victimes des attentats du 13 novembre 2015, que pensez-vous de ce Bouquet of tulips ?

Cette œuvre a une connotation joyeuse assez troublante. C’est une reprise du thème des Tulipes, que l’on retrouve dans une sculpture installée à Bilbao, au musée Guggenheim. Elle est issue de sa série « Celebration ». Pour dire les choses crument, ce n’est pas Guernica. S’agissant de commémorer un événement tragique, le pire attentat dans l’histoire de la France post-Seconde guerre mondiale, nous nous serions attendus à autre chose qu’au dernier numéro d’une série existante. À nos yeux, cette sculpture a autant à voir avec le premier pas de l’homme sur la Lune qu’avec les attaques du 13 novembre 2015.

Approuvez-vous le choix de l’emplacement, entre le musée d’Art moderne de la ville de Paris et le Palais de Tokyo ?

Le choix de l’avenue du Président Wilson semble déconnecté de l’événement que l’œuvre est supposée commémorer. À aucun moment, ni officiellement, ni officieusement, les représentants de victimes n’ont été consultés ou informés directement.

Par ailleurs, depuis deux ans, la mairie de Paris travaille à concevoir un mémorial en y associant les victimes, fédérées en deux grandes associations. Nous discutons actuellement d’une œuvre dédiée à la fois aux victimes et aux survivants. Plusieurs lieux potentiels ont été sélectionnés, dont le cimetière du Père Lachaise. Nous avons également suggéré l’étude d’un emplacement sur le boulevard Voltaire, dans un nouveau parc en cours de construction, le jardin Truillot.

Le cadeau de Jeff Koons ou plus précisément celui des États-Unis interfère dans ce processus et embarrasse les autorités.

Pourquoi un geste apparemment simple semble-t-il si complexe ?

Pour obtenir un consensus, la mairie nous a annoncé la consultation d’une commission composée d’historiens, de sociologues et d’artistes. C’est à nos yeux la seule bonne manière de faire car l’événement concerne tout le monde. Toute cette démarche prend du temps et c’est normal. Le don de Koons et le débat artistique et financier qui l’entoure trouble ce processus.

 

Propos recueillis par Daniel Bernard 

Photo : © Jamie McCarthy/Getty Images/AFP