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Étude : 50 ans après Mai 68, quel héritage ?

Written by La rédaction du NML | Feb 27, 2018 4:49:53 PM

La connaissance de Mai 68 est quasi universelle chez les Français les plus âgés, mais moins claire chez les jeunes

À la question « avez-vous déjà entendu parler de Mai 68 », 93 % des Français répondent « oui » en sachant précisément de quoi il s'agit, 11 % répondent également « oui » mais ne voient pas précisément de quoi il s'agit, enfin 7 % répondent « non ».

La connaissance de Mai 68 n'est en revanche pas équivalente selon la tranche d'âge des personnes intérrogées

Parmi les 18-34 ans, 61 % disent savoir précisément ce qu'est Mai 68, 22 % reconnaissent qu'ils ne savent pas précisément de quoi il s'agit et 17 % admettent qu'ils ne connaissent pas cet événement. C'est la proportion la plus élevée de toutes les tranches d'âge.

Seuls 7 % des 35-49 ans, 3 % des 50-54 ans et 2 % des 65-75 ans déclarent ne pas savoir ce qu'est Mai 68. En moyenne, personne de plus de 75 ans n'a répondu qu'il ne savait pas ce qu'est Mai 68.

Les mots spontanément associés par les Français aux événements de Mai 68

Le nuage de mots a été automatiquement généré à partir de l'exhaustivité des réponses à la question ouverte, posée uniquement à ceux ayant déjà entendu parler de Mai 68 : « Lorsque vous pensez aux événements de Mai 68, quels sont tous les mots, toutes les images, toutes les idées qui vous viennent spontanéement à l'esprit ? ».

Dans l'ensemble, huit Français sur dix attribuent plutôt des conséquences positives à Mai 68

De façon générale, parmi les Français ayant entendu parler de Mai 68, la majorité y attribue des conséquences positives (79 %). Ils ne sont que 17 % à y attribuer des conséquences négatives, 4 % des Français ne se prononçant pas.

Les personnes issues des catégories populaires (85 %) portent un regard plus positif sur Mai 68 que les personnes issues des catégories aisées (77 %).

Les avis sont plus partagés parmi les électeurs de Fillon

Parmi les familles politiques françaises, l'électorat de Benoît Hamon est le plus positif envers Mai 68 (94 %), suivi de celui de Jean-Luc Mélenchon (88 %), d'Emmanuel Macron (87 %) et de Marine Le Pen (78 %). L'électorat de François Fillon est le plus critique, ils ne sont que 57 % à considérer que Mai 68 a eu des conséquences positives pour la société française. Au contraire, 40 % y attribuent des conséquences négatives, comme 22 % de l'électorat du Front National, 12 % de celui de La République En Marche, 10 % de La France insoumise et seulement 5 % des élécteurs de l'ancien membre du Parti socialiste.

Les personnes ayant vécu directement Mai 68 portent un jugement légèrement moins positif sur ces événements que les Français plus jeunes

Parmi les Français ayant entendu parler de Mai 68, les 35-49 ans sont les plus nombreux (84 %) à y attribuer des conséquences positives, suivis des 18-34 ans (81 %), des 50-64 ans (79 %), les 65-75 ans (73 %) et les plus de 75 ans (61 %). Plus la tranche d'âge augmente, plus la proportion de ceux qui attribuent des conséquences négatives à Mai 68 augmente également. Il s'agit au départ de seulement 12 % des 18-34 ans, 13 % des 35-49 ans, 18 % des 50-64 ans, mais 25 % des 65-75 ans et jusqu'à 36 % des plus de 75 ans. Parmi le pourcentage de Français ne se prononçant pas sur cette question, il est le plus élevé chez les 18-34 ans (7 %).

Mai 68 est largement associé à un mouvement moderne, étudiant et social, un peu moins à une vague de répression et très peu à la délinquance

 

À la question « les descriptions suivantes correspondent-elles bien ou mal à l'image que vous avez des événements de Mai 68 ? », la grande majorité des Français associe d'abord Mai 68 à la remise en cause d'un modèle sociétal dépassé (87 %), une manifestation étudiante (86 %), un mouvement social pour demander de meilleures conditions de travail et de salaire (83 %), le début d'une nouvelle période dans la vie culturelle française (82 %) et une libération de la parole des femmes (74 %). Ils sont légèrement moins nombreux à l'associer avec un moment de répression violente par les forces de l'ordre (65 %) et encore bien moins à un mouvement de délinquance (26 %).

Le fait d'associer Mai 68 à un mouvement moderne, étudiant et social traverse toutes les familles politiques, quand bien même les élécteurs de François Fillon et Marine Le Pen l'associent plus facilement à un mouvement de délinquance (38 % et 35 % d'entre eux respectivement, contre seulement 12 % pour l'électorat de Jean-Luc Mélenchon, 20 % de celui de Benoît Hamon et jusqu'à 25 % de l'électorat d'Emmanuel Macron).

Pour une majorité de Français, les personnes ayant participé aux événements de Mai 68 ont aujourd'hui des idées similaires à celles qu'elles défendaient à l'époque

56 % des Français ayant déjà entendu parler de Mai 68 pensent que les personnes ayant participé à l'événement ont toujours des idées proches de celles qu'elles défendaient à l'époque, 37 % pensent le contraire et 7 % ne se prononcent pas. L'électorat de Français Fillon est le plus sceptique face aux soixante-huitards : seuls 43 % d'entre eux pensent qu'ils ont gardé des idées proches (contre 65 % de l'électorat de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, 64 % de celui de Benoît Hamon et 60 % de celui d'Emmanuel Macron) et 54 % pensent qu'ils s'en sont éloignés (comme 34 % de l'électorat de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, 35 % de celui de Benoît Hamon et 38 % de celui d'Emmanuel Macron).

Comme pour la tendance à attribuer plus de conséquences négatives à Mai 68, les plus âgés se montrent plus partagés quant à la persistance des idées défendues à l'époque chez ceux qui y ont participé. Les plus de 75 ans sont 57 % à penser que les soixante-huitards se sont éloignés de leurs idées, contre 48 % des 65-75 ans, 44 % des 50-64 ans, 33 % des 35-49 ans et seulement 21 % des 18-34 ans.

Parmi les différentes crtiques adressées à Mai 68, la plus largement partagée est d'avoir dégradé la confiance des citoyens envers les responsables politiques

La majorité des Français est d'accord pour dire que Mai 68 a dégradé la confiance des citoyens envers la politique (60 %). En revanche, elle n'est pas d'accord pour dire que Mai 68 a encouragé l'individualisme au détriment du collectif (53 %) ou que Mai 68 a détruit l'école républicaine (61 %). L'opinion est plus partagée au sujet de l'importance de la famille : 49 % des Français ayant entendu parler de Mai 68 ne sont pas d'accord pour dire que l'événement a minimisé l'importance de la famille dans la société, contre 43 % qui affirme le contraire.

Les élécteurs de François Fillon sont bien plus enclins à adhérer aux critiques portant sur les conséquences de Mai 68

Toutes les familles politiques sont majoritairement d'accord avec l'idée que Mai 68 a dégradé la confiance des citoyens envers les responsables politiques (51 % de l'électorat de Benoît Hamon, 52 % de celui de Jean-Luc Mélenchon, 59 % de celui d'Emmanuel Macron, 71 % de celui de Marine Le Pen et 73 % de celui de François Fillon).

Aucune autre critique ne rassemble de majorité dans les différentes familles politiques, sauf chez l'électorat de François Fillon. Il est le seul a être majoritairement d'accord avec les quatre critiques présentées.

Les slogans préférés des Français

Les slogans les plus appréciés des Français ayant entendu parler de Mai 68 ou non sont « Faites l'amour pas la guerre » (79 %), « Fermons la télé, ouvrons les yeux » (72 %). Ils font l'unanimité auprès de toutes les familles politiques. Ils sont suivis de « Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner » (60 %), « Tout est politique » (59 %), « Prenons nos désirs pour des réalités » (58 %), « Élections, piège à cons », « Il est interdit d'interdire », « On ne peut plus dormir tranquille une fois que l'on a ouvert les yeux » et « L'imagination au pouvoir » (57 %). Ils sont moins attachés aux slogans « Vivre sans temps mort et jouir sans entraves » et « On ne peut pas penser librement à l'ombre d'une chapelle » (42 %). Enfin, les slogans « Quand les parents votent, les enfants trinquent » (38 %) et « CRS... SS ! » (18 %) déplaisent à une majorité de Français.

 

Méthodologie

L'enquête a été réalisée en ligne du 5 au 6 février 2018 sur un échantillon de 2 007 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus. La méthode des quotas et le redressement ont été appliqués aux variables de sexe, d'âge, de catégorie socioprofessionnelle des interviewés. Au regard de la taille de l'échantillon, la marge d'erreur des resultats présentés se trouve entre 1 et 2,3 points.

Une étude Harris Interactive pour Le Nouveau Magazine littéraire.

Illustrations : © Le Nouveau Magazine littéraire