Devant « la souffrance exprimée par Vanessa Springora », Gallimard retire de la vente le journal de Gabriel Matzneff

Devant « la souffrance exprimée par Vanessa Springora », Gallimard retire de la vente le journal de Gabriel Matzneff

A la suite de la parution du témoignage de Vanessa Springora, Le Consentement (Grasset), qui dénonce les pratiques pédophiles de Gabriel Matzneff, Gallimard a décidé de cesser la commercialisation du journal de l’écrivain.

Par Manon Houtart

Ce mardi 7 janvier, la prestigieuse maison d’édition Gallimard a annoncé qu’elle retirerait de la vente les journaux intimes de Matzneff, qu’elle publie depuis 1990 et dont le dernier tome, L’Amante de l’Arsenal, est paru en novembre dernier. Une mesure exceptionnelle qui fait suite aux révélations de Vanessa Springora, éditrice chez Jullliard et écrivaine, qui a subi une relation sous emprise avec cet homme alors qu’elle avait 14 ans, et dont Marie-Dominique Lelièvre a tiré un portrait saisissant dans notre numéro de janvier.

Un livre qui en démonte un autre : c’est ici la littérature qui sert d’arbitre à la littérature, comme le pointait ce matin Mathilde Serrel sur France Culture. C’est bien « la souffrance exprimée par Mme Vanessa Springora » dans son livre qui a incité l’éditeur à prendre une telle mesure, et non directement le contenu des livres autobiographiques de Matzneff. Ainsi, bien que la complaisance du milieu littéraire n’a pas été totale envers Matzneff durant ces dernières décennies, comme le montre Alexis Brocas dans un récent papier du Nouveau Magazine littéraire, Gallimard a contribué à diffuser, pendant trente ans, des écrits qui expriment ouvertement l’attirance sexuelle de l’auteur pour des mineurs. Il a fallu à Gallimard un livre coup de poing pour mettre un point final à cette indulgence à l’égard de la pédocriminalité, alors que l’œuvre littéraire de Matzneff a clairement servi d’outil à la domination qu’il a exercé sur plusieurs jeunes filles mineures, puisque son statut d’écrivain exerçait une singulière fascination sur celles-ci.

 

Photo : © Joël Saget/AFP

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