Voleurs d'enfants !

Voleurs d'enfants !

La rumeur des camionnettes blanches a suscité la persécution des Roms, supposés s'emparer de bambins. S'expriment là des fantasmes fort anciens, qui connurent leur apogée au XIXe siècle.

On vole des enfants à Paris. On en vole tous les jours. On les vole sur les Grands Boulevards, dans les rues les plus passagères. On en a volé boulevard Montmartre, rue Caumartin, rue Royale, rue Racine, avenue Niel, passage des Panoramas, cité Rougemont. » Ainsi débute, le 25 juin 1906, le « reportage sensationnel » que Louis Forest publie dans les pages du Matin, l'un des quotidiens les plus lus de ce début de siècle. La série d'articles, très suivie, fit sensation jusqu'à ce que l'on découvre qu'il s'agissait en réalité d'un « roman extraordinaire », dans lequel un trio de reporters audacieux menait l'enquête jusqu'à arrêter le coupable, un savant sans scrupule dénommé docteur Flax. L'épisode, resté fameux, est représentatif des profondes anxiétés, mais aussi des fantasmes et des instrumentalisations qui s'entremêlent autour de la question du « vol d'enfants ».

L'inquiétude, évidemment, peut sembler légitime. Le crime est intolérable parce qu'il s'attaque à l'enfa ...

Pour lire l’intégralité de cet article
d’une marque et j’accède à l’article

Nos livres

« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard