UNE MYSTIQUE SANS DIEU

UNE MYSTIQUE SANS DIEU

le Christ m'appelle, mais sans lumière », écrit Pasolini à 20 ans. Vingt-deux ans plus tard, en 1964, il réalise, en athée, L'Évangile selon saint Matthieu. Il a choisi, dit-il, l'évangéliste dont le Christ est le plus terrestre, révolutionnaire, marxiste : non pas le fils de Dieu (le Ciel importe peu à Pasolini), mais une figure d'intellectuel en marche, qui arpente les terres désolées de l'Italie méridionale pour défendre les humbles contre la modernité des puissants (entendre : le néocapitalisme). Son oeuvre de poésie et de cinéma est remplie de saints scandaleux - l'un d'eux se nomme Blasphème - aussi hérétiques qu'autobiographiques, et d'anges en haillons, corps du peuple où le poète repère le dernier refuge du sacré. La mystique pasolinienne contamine en fait le christianisme, pris comme une donnée culturelle, avec des lectures d'ethno-anthropologie (De Martino, Lévi-Strauss) et d'histoire des religions (Eliade) pour donner forme - artistique - à une vision ...

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