Une fois (et peut-être une autre)

Une fois (et peut-être une autre)

Viser l'originalité, revient à se lancer dans une chasse au dahu. Le constat n'est pas nouveau, et Gilles Deleuze l'expliquait déjà en détricotant le mythe de la toile blanche en peinture. Si tout n'est que reformulation, il ne semble pas illogique qu'un texte - formidable et, ironie suprême, non dénué de singularité - vienne nous le redire. Une fois (et peut-être une autre), premier roman de Kostis Maloùtas, fait rapidement sauter l'hypothèse entre parenthèses : voici l'histoire d'un livre écrit deux fois par deux auteurs qui ne se connaissent pas. Une muse aurait-elle bégayé ? Mystère insoluble, tant et si bien que la symétrie des deux oeuvres révèle moins le signe d'une harmonie divine révélée que celui d'un possible dérèglement existentiel.

Pendant que cette hésitation plane au-dessus des personnages, le roman tire vers la satire, égratignant les états d'âme des romanciers et l'opportunisme du monde de l'édition. Un des écrivains ne renonce pas à l'originalité et se lance dans « la seule oeuvre littéraire méritant qu'il y consacre des efforts prolongés » : une liste de tous les noms des gens qu'il connaît. L'originalité ne se conquerrait que dans la banalité ? Autre question jetée par Kostis Maloùtas qu'on imagine écrivant avec, aux lèvres, le sourire du chat du Cheshire.

 

À lire : Une fois (et peut-être une autre)Kostis Maloùtas, traduit du grec par Nicolas Pallier, éd. Do, 130 p., 16€.

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À lire : Révolution aux confins, Annette Hug, traduit de l'allemand Suisse par Camille Luscher, éd. Zoé