Un Russe au Carré

Un Russe au Carré

Premier tome d'une longue série de Julian Semenov, maître soviétique du roman d'espionnage, digne de le Carré.

Bien avant que Robert Littell ne vienne réveiller les mânes de Staline, l'écrivain russe Julian Semenov ressuscitait toute la clique hitlérienne dans des romans d'espionnage publiés en Russie dans les années 1960-1970, romans qui lui valent aujourd'hui d'être qualifié de « John le Carré russe ». La Taupe rouge est le premier d'une série de quatorze romans publiés en français, et son intrigue est d'une complexité digne du le Carré période guerre froide. L'action commence au début de 1945, dans une Allemagne nazie à l'agonie. Implanté dans le commandement hitlérien, Maxime Issaiev, dit Stierlitz, s'intéresse aux manoeuvres fomentées par les puissants du régime pour conclure, à l'insu de Hitler, une paix avec l'Ouest. Et tout le monde y passe : Göring et sa fatuité légendaire, Goebbels et son goût pour les actrices, Bormann et son caractère taciturne.

La façon dont l'auteur joue de ces personnages comme de pions sur un échiquier rappelle bien le maître du roman d'espionnage britannique. Tout comme son usage des documents officiels, comptes rendus ou extraits de dossiers de la Gestapo. Mais le Carré est aussi un styliste aux phrases empreintes d'humour et d'élégance, quand Julian Semenov est plus direct - mais non moins habile. Qui veut comprendre la Russie et son président-chef Vladimir Poutine doit lire Julian Semenov. Son héros, qui fut à la Russie ce que James Bond fut à la Grande-Bretagne, porte les valeurs du « rêve russe ». Et suscita sans doute, par son immense popularité, bien des vocations guébistes.

LA TAUPE ROUGE, Julian Semenov, traduit du russe par Monique Slodzian, éd. du Canoë, 482 p., 23 E.

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