Un écran devant les yeux

Un écran devant les yeux

Si le cinéma a si souvent des accents oedipiens, ce n'est pas nécessairement par facilité psychologique : l'aventure d'Œdipe n'est-elle pas avant tout celle d'un regard ?

Dès 1908, le cinéma muet croise sur sa route le mythe d'Œdipe. Divertissement essentiellement forain, le cinématographe cherche alors sa légitimité du côté du théâtre. Grands acteurs, grands sujets, telle est la formule qu'invente André Calmettes avec sa Société du film d'art. Le temps d'une bobine, il demande ainsi à Mounet-Sully, presque septuagénaire, d'offrir un aperçu du rôle qu'il avait tenu sur les planches en 1881. Fidèle au personnage, le sociétaire de la Comédie-Française l'incarne encore en 1913 dans La Légende d'Œdipe, grande production de Gaston Roudès dans laquelle son frère Paul joue Tirésias. Inaudibles, les acteurs n'ont que l'expressivité, rendue excessive par la caméra, d'une gestuelle venue d'un autre siècle. Entre-temps, des versions se sont déjà tournées en Italie et en Grande-Bretagne. La formule du théâtre filmé aura, s'agissant d'un mythe pourtant moins propice aux effets spectaculaires que ceux de Jason, d'Ulysse ou d'Hercule, une certaine postérit ...

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