Traduire, dit-il

Traduire, dit-il

« La traduction dans tous ses états » de David Bellos est une réflexion vivifiante sur les langues, qui met à bas tous les clichés sur l'art de passer de l'une à l'autre.

Comment nous comportons-nous face à la diversité des langues ? Au lieu de proposer une énième réflexion théorique sur la traduction et ses problèmes, c'est sous cet angle plus vaste que David Bellos, ébouriffant professeur de littérature comparée de Princeton, traducteur entre autres de Perec et de Kadaré, entreprend de démolir un à un les clichés liés au passage d'un idiome à l'autre. « Les gens continuent à répéter traduttore, traditore et s'imaginent avoir dit là quelque chose de profond sur la traduction », s'indigne l'auteur. Il entend, lui, prendre le mal à la racine, en travaillant d'abord notre conception du langage : nous attribuons à la prétendue « langue maternelle » un privilège qui ferait d'elle à la fois l'objet d'une maîtrise sans égale et la source de notre identité ; cela correspond mal à l'expérience humaine. Ensuite, nous attribuons à « l'original » littéraire un privilège extraordinaire ; mais les jeux de substitution entre les textes dévoilent ce privilège comme un pur et simple mythe.

Sur un ton aisé et plein d'humour, David Bellos débusque tour à tour mille absurdités liées à une conception trop rigide du langage - souvent biaisée par l'importance accordée à l'écrit. La mythologie des intraduisibles, l'hypothétique division entre une traduction « littérale » et une traduction « libre », l'existence même de quelque chose comme un « mot », sont autant de fausses évidences qui s'effondrent les unes après les autres.

LA TRADUCTION DANS TOUS SES ÉTATS, David Bellos, traduit de l'anglais par Daniel Loayza, éd. Champs/Flammarion, 416 p., 11 E.

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