TOUT SAUF ABSURDE

TOUT SAUF ABSURDE

En conjuguant le concret et l'abstrait sous le signe de l'exactitude, Beckett fabrique une forme particulière de réalisme.

Vingt mille décès en France, autant en Italie, plus de 70 000 dans toute l'Europe : la canicule de l'été 2003 est meurtrière. Elle atteint particulièrement les personnes âgées. Cet été-là, je relis Oh les beaux jours pour la préparation d'un cours. De « l'étendue d'herbe brûlée » au soleil torride et à la mort lente, à l'extinction progressive de tout geste possible et « toutes choses en train de se dilater », la canicule traverse la pièce de Beckett. Cette pièce plutôt abstraite, à la situation invraisemblable, prend soudain une consistance et une actualité saisissantes qui en feraient presque un texte réaliste si elles n'étendaient pas son potentiel allégorique en frappant chaque réplique et didascalie d'une étonnante exactitude.

La canicule renforçait ma conviction que Beckett n'est pas un écrivain de l'absurde et qu'il est encore moins un auteur métaphysique. Ou, faut-il dire, c'est à force d'un réalisme aux mille petites dénotations fragmentaires que Beckett de ...

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