"Tout reprendre à zéro"

"Tout reprendre à zéro"

Où il est question du désarroi de la gauche, d'écologie, d'humanisme, de cosmopolitisme. Et de la nécessaire transformation du monde.

Raphaël Glucksmann. - Je voudrais commencer par évoquer le désarroi d'une génération, la mienne. Nous sommes les enfants de la crise des grands récits politiques. Les générations précédentes nous semblent être nées dans un univers saturé de sens, de dogmes, de mythes. Il y avait le récit national, le récit révolutionnaire, des structures collectives englobantes, enveloppantes comme les partis de masse, les syndicats, les Églises, les chapelles intellectuelles même... Ces récits ont périclité, ces structures ont dépéri. Nous sommes, en 2017, des individus ultraconnectés grâce à la technologie, et pourtant très solitaires, privés d'horizon collectif. Ce vide qui nous habite, le ressentez-vous aussi ?

Edgar Morin. - Oui ! Je le ressens, et j'ai même passé ma vie à l'explorer. J'ai acquis très tôt cette conscience du vide, à un moment où la mode était encore aux dogmes. Je sentais que tout vacillait autour de moi quand tout semblait encore solid ...

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