Tous enfants d'Œdipe ?

Tous enfants d'Œdipe ?

À peine formulée, la théorie de Freud connaît d'emblée un large succès : elle arrive à point nommé, à l'heure où la cellule familiale se reconfigure profondément. Œdipe devient le grand héros du XXe siècle, s'invite dans tous les domaines et dans l'intimité de chacun. À force d'être sollicité, son complexe a tendance toutefois à devenir une notion attrape-tout, bientôt remise en cause.

Le complexe d'ŒŒdipe s'est propagé au XXe siècle jusque dans les manières les plus ordinaires de parler de soi, des autres et du monde, de la psychologie populaire à la littérature, de l'explication des échecs amoureux à l'analyse politique. Comment diable cette bizarre et sauvage affaire de sexe, d'amour et de mort au coeur même de la famille a-t-elle pu rencontrer un tel succès ?

Il faut expliquer cette oedipianisation d'un monde, tout autant que le sentiment d'étrangeté que suscite aujourd'hui cet oedipe qui s'efface. Tous deux disent ce que nous avons été et ne sommes plus. Le complexe d'Œdipe naquit dans un contexte scientifique favorable. Les savoirs « psy » du XIXe siècle voyaient déjà en l'enfance - y compris dans les fantasmes précoces [1] - des déterminants pour la psychologie de l'adulte. La psychopathologie sexuelle et la première sexologie contemporaine de Freud, que celui-ci connaissait fort bien (2), n'hésitaient pas à faire de ...

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