Toni Morrison : « J'ai une conception antiaméricaine de l'histoire »

Toni Morrison : « J'ai une conception antiaméricaine de l'histoire »

Toni Morrison est un destin américain. À un si haut degré d'achèvement et d'exemplarité qu'on en oublierait presque qu'elle est aussi un écrivain, comme son dernier roman, Love, avec ses chuchotements et ses ellipses, ses secrets féminins et ses trahisons passionnelles, le rappelle.

Black diva à la stature de cantatrice, façon Jessye Norman, dreadlocks nouées de manière si sophistiquée que l'œil s'égare dans sa chevelure, voix murmurée, grave et douce, rire qui tonne soudain, simplicité d'une cosmopolite, candeur directe et fraîcheur de parole que ni le Pulitzer de 1988, ni le prix Nobel de littérature décerné en 1993 pour la première fois de son histoire à un écrivain femme afro-américaine, ni le public béat suscité par les shows télévisés de son amie Oprah Winfrey, ni ses traductions dans le monde entier n'auront su amoindrir, ou policer, ou même définitivement éteindre.

Quels que soient les griefs de Toni Morrison contre l'actuelle administration Bush, elle est avec évidence une vraie Américaine : fille de la méritocratie démocratique et de l'accès des minorités au monde des possibles. En une génération elle a soixante-treize ans, tout a changé pour l'enfant de Ramah, née en Alabama, et de George Wofford, né en Georgie, sudistes déplacés dans l'Ohio p ...

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