Theatrum mundi, l'usage des mirages

Theatrum mundi, l'usage des mirages

Être ou paraître ? Les baroques refusent de choisir et identifient les deux termes. Certes, l'existence est vanité, fondée sur l'illusion : plutôt que de conspuer ces trompe-l'oeil, mieux vaut en faire un art.

All the world's stage ». L'aphorisme shakespearien d'As You Like It acte II, scène vii et, dans la foulée, la métaphore connexe de « la vie est un sommeil 1 », La vida es sueño, comme le proclame l'intitulé d'une comedia fameuse de Calderón - « un songe, un peu moins inconstant », précisera Pascal Pensées, fr. 653 -, sont constitutifs d'un axiome qui, dans l'Europe baroque, relève du lieu le plus commun. Même ce béotien de Sancho Pança, lassé du cliché de la « comédie de ce monde » que lui ressert don Quichotte, ne peut qu'objecter au pontifiant hidalgo : « Fameuse comparaison ! quoique pas si nouvelle que je ne l'aie entendue faire bien des fois [...] 2. » Ressassé dans tous les genres, des textes les plus fameux aux écrits les plus obscurs, le poncif enjoint à l'individu de porter un regard désabusé sur le monde. Dans sa version néoplatonicienne, la banale métaphore insinue que ce qui est naïvement pris pour la réalité n'est qu'un leurre et, dans sa transposition chrétienne, comme ...

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À lire :Divers, Pierre Guyotat, éd. Les Belles lettres, 496 p., 27 E.