Mourir en scène

Mourir en scène

Le Centre national du théâtre a décerné son grand prix de littérature dramatique à Finir en beauté, pièce poignante et grinçante de Mohamed El Khatib.

Révéler à un patient qu'il est atteint d'une maladie incurable est un exercice dont la profession médicale éprouve désormais la nécessité, au point de l'intégrer à la formation des internes et d'impulser à partir de ce thème des projets de recherche hospitalo-universitaires. C'est aussi l'un des sujets d'improvisation les plus redoutables pour un jeune comédien, comme on le voit dès La Formation de l'acteur de Stanislavski. Et c'est le noeud de Finir en beauté, drame que son auteur, Mohamed El Khatib, définit comme Pièce en un acte de décès. Mêlant des matériaux divers (récits, journaux, textos, courriels, enregistrements, étiquette de colis, notes de carnet), qui semblent sortir les uns des autres et dont les temporalités se croisent, Finir en beauté est surtout l'écoute d'une voix tour à tour profonde et grinçante, celle d'un fils accompagnant sa mère vers la mort en lui lisant de la littérature. C'est à la fois économe et saisissant. L'émotion qui se dégage donne lieu à un souffle sublime que viennent casser le regard du monde, ses conventions sociales, ses modes d'exclusion forcée, ses stratégies de culpabilisation, son ironie essentielle. Un an après le choix de Michel Vinaver, le jury du prix de littérature dramatique a donc élu un auteur de 36 ans, comme il avait pu honorer il y a quelques années Alexandra Badea ou Clémence Weill.

Parmi les finalistes, Aurore Jacob, trentenaire également, signe un texte encore plus étonnant, ravageur, rapide, essoufflé, Seuls les vivants peuvent mourir. Derrière l'évidence du titre se cache le malaise de ces situations sans issue que les progrès de la médecine ont permises : une grand-mère frappée d'Alzheimer tente de maintenir un dialogue avec sa petite-fille accidentée et en état végétatif chronique. Autour d'elles, le père, la mère, le fiancé se déchirent. La langue est âpre, cassée, intarissable, pleine de justesse et toujours manquée. Dans cet interstice, s'écrivent les questions déchirantes que nous pose l'irruption de la mort dans nos vies.

Photo : Mohamed El Khatib ©ANTHONY ANCIAUX

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Ceux qui restent, Benoît Coquard, La Découverte, 280 p., 19 €.

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