Sur les ruines de la raison

Sur les ruines de la raison

À la fin du XVIIIe siècle, l'Angleterre s'émancipe du carcan classique pour renouer avec les paysages nocturnes et tourmentés. S'élabore un décor spécifique, où la nature sauvage et le château jouent des rôles de premier plan, en rupture avec les emblèmes rassurants de la raison et du pouvoir aristocratique.

Bien lointaine l'époque où le monarque absolu, soleil d'une galaxie de courtisans et d'adulateurs, goûtait, dans les allées de ses parcs, à la projection paysagère de son règne : centre et rayonnement, mesure et harmonie, domination, raison. À l'ordonnancement du jardin classique, et sans se déprendre de sa clarté, les Lumières, toutes d'hédonisme rationnel, ont apporté une nature rendue au naturel : plus de coeur et moins de cordeau, plus de compassion que de compas. Un abus de clarté, une ivresse d'explicitation qui, néanmoins, semblent se retourner contre elles-mêmes : « L'excessive clarté du XVIIIe siècle le fait soudain vaciller [...]. Et rien dans l'activité sans fin à laquelle s'est voué ce siècle qui dans un même élan explore la nature et le plaisir, découvre les lois physiques et les lois économiques, invente les systèmes optiques comme les systèmes politiques, rien ne peut conjurer cet affleurement progressif de la couleur noire au coeur de la vie » (Annie Le Brun). Cette ...

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard