Sur le bout de la langue

Sur le bout de la langue

Une biographie de Victor Klemperer, qui avait analysé à chaud comment le nazisme pervertissait les mots.

Paru en Allemagne en 1947 et traduit près d'un demi-siècle plus tard en français en 1996, LTI, la langue du IIIe Reich est devenu un ouvrage de référence, le pendant, en essai, du 1984 d'Orwell : sur des exemples quotidiens, il montre comment les nazis ont perverti l'allemand pour en faire un langage dominé par la technique et un pseudo-héroïsme, venant ainsi « naturaliser », et mettre hors de portée de toute critique, les agissements du régime. On savait peu de chose sur son auteur, Victor Klemperer (1881-1960). Juif converti au protestantisme et marié à une « Aryenne », ce romaniste spécialiste du XVIIIe siècle français ne fut pour ces raisons pas déporté ; mais, mis d'office à la retraite de l'Université, il dut quitter à 54 ans sa villa pour aller avec sa femme de Judenhaus (maison pour Juifs) en Judenhaus. Habitant à Dresde, il survécut au bombardement de 1945, puis, la ville passée à la RDA, en devint après guerre un sénateur. Dans La Langue confisquée, le traducteur et essayiste Frédéric Joly décrit la genèse de LTI et raconte comment Klemperer devait cacher son Journal. La réflexion philosophique abstraite qu'il en tire est moins convaincante. « Lire Klemperer aujourd'hui » demanderait à analyser comment le phénomène qu'il décrit se retrouve dans nos sociétés. Car nous parlons autant notre langue que nous sommes « parlés » par celle que fabrique notre époque. Le grand livre sur ce sujet reste à écrire.

 

À lire : La langue confisquée, Frédéric Joly, éd. Premier Parallèle, 286 p., 19 E.

 

 

Nos livres

À lire : « Le froid, roman en trois actes avec entractes », Andreï Guelassimov, traduit du russe par Polina Petrouchina, éd. Actes Sud

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