Stratégies du distordu

Stratégies du distordu

De Walter Scott à Bram Stoker, les romanciers anglais dérèglent toutes les dimensions spatiales, inventant des lieux tour à tour labyrinthiques et gigognes, bancals et claustrophobiques. Manoirs, cellules, couvents et autres confinés deviennent les reflets d'une psyché aliénée.

En 1792, le poète romantique anglais William Wordsworth visite le monastère de la Grande Chartreuse, dans les Alpes françaises. Funèbre, il déplore sa mise à sac, la disparition de cette « Puissance » qui dominait « la sobre Raison » : la terreur règne jusque dans le paysage. Attitude paradoxale qui en viendrait presque à regretter ces temps prérévolutionnaires où la raison des Lumières se recroquevillait face à la puissance de la religion : avec la Révolution française, le gothique ne risque-t-il pas de disparaître ? Depuis leur dissolution par Henry VIII (1536-1541), les Anglais n'ont plus de monastères sur leur territoire : au XVIIIe siècle, les romanciers doivent chercher ailleurs en Europe, en Italie, en Espagne, en France, où La Religieuse de Diderot paraît en 1796.

« Comme si l'on regardait par une fenêtre de guingois »

En Angleterre, le gothique est absent du paysage. Dans L'Antiquaire de Walter Scott (1816), les ruines du p ...

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard