Balance ton sketch

Balance ton sketch

Il fait salle comble au Café de la gare à Paris chaque lundi. Laurent Sciamma, trentenaire sur-vitaminé, porte un one-man-show féministe post-MeToo, admiratif pour les filles Cat's Eyes et plein de tendresse pour ses congénères verrouillés de l’émotion.

Par Aurélie Marcireau

On ne s’attend pas à entendre une salle reprendre en chœur le nom de Rogé Cavaillès, spécialiste ès savon (notamment intimes). Rogé Cavaillés, encore un homme, pour s’occuper de ce qu’il y a de plus intime chez les femmes, explique en riant l’humoriste devant une salle, majoritairement composée de femmes. Prêche-t-il des converti(e)s ? La question est légitime : dans quel autre spectacle tout le monde semble-t-il savoir qui est Mona Chollet ? Mais le rire de Sciamma fait du bien, et surtout, le succès d’un tel spectacle était-il envisageable il y a encore quelques années ? Non, sans doute pas.  

Cette admiration pour les femmes, qu’il clame dès le début du spectacle, est ancrée dans son enfance, son éducation par ses deux sœurs, sa vie amoureuse et dans l'ère post-MeToo. De ses dix ans de vie commune avec son ex, il a compris que leurs quotidiens étaient bien différents. Sa vie à elle, de prof de banlieue, avait tout de Koh Lanta. Et encore, sans parler des injonctions faites aux femmes, notamment celle de la maternité. Lui ne subit qu’une injonction : passer son permis de conduire. Sinon, la vie de garçon ? Pas toujours terrible. Lui préférait les Polly Pocket aux armes de guerres et n’appréciait que peu les cours de judo dans lesquels on l’avait trainé parce que son intérêt pour les Barbie était un peu louche. Et non, il n’est pas gay. Il aime faire l’amour mais tient à expliquer que les hommes ne pensent pas « tout le temps » au sexe. Il démonte les arguments masculins qu’il ne supporte plus : les fameuses pulsions, qui n’expliquent pas tout, ou encore l’impossibilité de draguer aujourd’hui. Il n’est pas si compliqué de savoir si on plait à une femme, explique Sciamma, qui en fait la démonstration dans toutes les langues. Mais être un féministe, ce n’est pas simple au quotidien. Il raconte avec humour, ses contorsions dans le métro pour éviter aux femmes d’être mal à l’aise à cause de la proximité physique, ou encore comment la nuit, quand il se retrouve derrière une femme, il fait tout pour la rassurer, quitte à frôler le ridicule. 

Petit, Laurent Sciamma voulait un journal intime avec un footballeur en couverture. Hélas, pas de journaux intimes pour les bonhommes. Le verrou, il est dans la coeur des hommes. « Ça fabrique quoi en fait, cette éducation ? Des menhirs humains, des blocs de granit qui ont accepté de censurer leurs émotions ». Les émotions se dévérouillent parfois. Il le raconte dans une scène nocturne émouvante, en voiture avec ses amis. Un spectacle plein d’espoir grace aux femmes Cat's Eyes et aux hommes conscients. Il s’interroge : la magie a-t-elle pris ? Oui, défintivement.  

 

À voir : « Bonhomme », écrit, interprété et mis en scène par Laurent Sciamma, au Café de la gare à Paris jusqu'au 9 mai et en tournée en 2020.

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À lire :Divers, Pierre Guyotat, éd. Les Belles lettres, 496 p., 27 E.