Si c'est une femme

Si c'est une femme

De l'espérance de révolution à l'exil, en passant par les geôles de Bachar al-Assad, Widad M. nous plonge dans sept années de nuits syriennes. Son récit de la destruction du corps et de l'âme par le viol nous interroge sur l'humanité et sa négation à la manière des grands textes de la littérature concentrationnaire.

j'ai ouvert les yeux sur le monde au milieu d'une grande fratrie et d'une belle maison. Tout dans l'existence semblait me sourire. Mon père, surtout, qui m'adorait. Il me disait souvent : « Toi, tu vas devenir quelqu'un. Tu feras de grandes choses, mais tu subiras aussi de grandes épreuves. » La première de ces épreuves fut sa mort, justement. Perdre son père chéri apparaissait à l'adolescente que j'étais comme la pire des tragédies imaginables. Je ne savais rien, alors, de ce que la vie me réservait.

Sous le règne de Hafez al-Assad, nos parents nous répétaient sans cesse : « Taisez-vous, les murs ont des oreilles. » Nous ne parlions donc pas de politique. Et puis, un jour, Hafez al-Assad est mort, un 10 juin. « Ils » ont annoncé Bachar, son fils, comme successeur. « C'est qui, Bachar al-Assad ? », ai-je demandé. Et j'ai continué, naïvement : « Nous sommes une république ou une monarchie ? » Ma mère m'a crié dessus : « Tais-toi ! Ils vont venir nous arrêter. ...

Pour lire l’intégralité de cet article
d’une marque et j’accède à l’article