Serial killeuses

Serial killeuses

Chanson douce inspire une adaptation cinématographique qui peine à reproduire le crime parfait que constituait le roman.

Le best-seller peut tenir du crime parfait – ainsi de Chanson douce, le roman de Leïla Slimani. Pitch parfait : comment une nounou en vient à tuer les enfants qu'on lui confie. Mécanique parfaite : on attaque par le massacre et on rembobine, aux aguets. Background parfait, où confluent les mauvaises consciences. Parfait succès, prix Goncourt, traductions partout, une adaptation aujourd'hui en France et bientôt aux États-Unis, sous le titre, tiens ! de The Perfect Nanny. Chanson douce incitait à se méfier de la perfection apparente, sauf de la sienne propre. C'était le roman d'une tueuse sur une tueuse, la première acclamée, la seconde maudite. Mais peut-on reproduire un crime parfait ? Risqué. La réalisatrice Lucie Borleteau tente le coup. Le scénario, elliptique, est fidèle aux engrenages du livre, mais évacue l'arrière-plan biographique et social de la nounou Louise. On est plutôt dans la psychopathologie, l'inquiétante étrangeté, le montage par touches et coupes nettes. C'est une offrande à Karin Viard, parfaite, comme il se doit, dans le rôle de l'obsessionnelle Louise. À force d'élision, les personnages autour d'elle paraissent abstraits ou schématiques. Le film ne s'ouvre pas sur le massacre, mais le succès du livre a suffisamment sonné le glas, et le design sonore joue Psychose en sourdine à chaque fois que Louise prépare une compote. Le programme de mort se rejoue machinalement, il se rejouera encore aux États-Unis, confirmant que Chanson douce est un redoutable tube : ce qui, pour tourner en boucle, doit être parfaitement vide.

À VOIR

Chanson douce, un film de Lucie Borleteau, avec Karin Viard, Leïla Bekhti... 1 h 40. En salle le 27 novembre.

Nos livres

Ceux qui restent, Benoît Coquard, La Découverte, 280 p., 19 €.

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