Se sentir penser,et obligé de penser

Se sentir penser,et obligé de penser

L'oeuvre proustienne passionne les philosophes,non parce qu'elle illustrerait une théorie, mais parce qu'elle décrit la naissance et l'expérience des idées,au creux des impressions sensibles.

Proust fascine les philosophes. Non qu'il serait plus intellectuel, abstrait - ou ennuyeux ! - qu'un autre, mais les sinuosités de ses phrases extraient à l'improviste des éclairs de réalité, une cloche qui sonne, la couture sensible entre un toit et le ciel, des existences captivantes : les irisations toxiques des épluchures d'asperges qui font pleurer une fille de cuisine, ou les voiles nacrées du lait qui bout. Cette puissance d'observation fait de Proust une sorte de transistor réglé sur une fréquence d'une exactitude extrême. La densité matérielle de ses descriptions intrigue les philosophes : tout baigne dans la gelée statique, luminescente d'un ralentissement prodigieux. « Personne n'a été plus loin que Proust » pour déplier le détail d'une sensation avec des mots, s'exclame Merleau-Ponty 1. Même Sartre, qui le campe en bourgeois suranné, reclus dans la chambre noire de sa mémoire, le lit avec une surprise incrédule. Walter Benjamin est plus avisé en observant que le xixe siè ...

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