On se bascule

On se bascule

Les choses humaines de Karine Tuil a été récompensé par le Goncourt des lycéens et le prix Interallié 2019.

« Tout le monde peut un jour se retrouver du mauvais côté. » Karine Tuil aime scruter ces moments où les vies basculent. Celles de Jean et Claire Ferel sont des modèles de réussite : lui est un journaliste politique ayant gravi les échelons du succès, elle une essayiste féministe. Mais leur couple bat de l'aile. « On était souvent déçu par la vie, par soi, par les autres. » Claire retrouve l'amour auprès d'Adam. Un soir, leurs enfants respectifs – Mila et Alexandre – sortent ensemble. La fête tourne au drame lorsque la jeune fille accuse le second de viol. Aux assises de trancher. C'est seulement à partir de là que le roman devient intéressant. Chacun est renvoyé à ses interrogations. Pourquoi en est-on arrivé là ?

Karine Tuil aime porter un coup de canif aux apparences. « On est dans la zone grise. On n'a pas une mais deux vérités. » Mais le livre va encore plus loin en questionnant la culture ou l'éducation. « L'on pouvait déterminer l'état d'une société au fonctionnement de ses tribunaux : la justice révélait la fatalité des trajectoires, les fractures sociales, les échecs politiques. » Depuis MeToo, « les femmes [osent] parler, dire ce qui avait été supporté, caché pendant si longtemps. Il se joue quelque chose d'historique. Une véritable révolution. Écoutons-les car rien n'est gagné ».

LES CHOSES HUMAINES, Karine Tuil, éd. Gallimard, 352 p., 21 E.

extrait

Durer - c'était le verbe qui contractait toutes les aliénations existentielles de Jean Farel : rester avec sa femme ; conserver une bonne santé ; vivre longtemps ; quitter l'antenne le plus tard possible. À soixante-dix ans, dont quarante à l'écran, il voyait arriver les jeunes loups de la télévision avec la férocité des vieux fauves qui, sous le masque atone, n'ont rien perdu de leur combattivité. Son corps montrait quelques signes de faiblesse mais il avait conservé un mental d'athlète et un esprit agile qui attaquaient avec d'autant plus de violence que l'interlocuteur juvénile, en sous-estimant la vigueur, se trouvait rapidement renvoyé aux frontières de son insuffisance intellectuelle et de son arrogance.

Entretien

Photo : Frantz Olivié © DR

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