Sarraute, « se sentir comme un infini »

Sarraute, « se sentir comme un infini »

Belinda Cannone a récemment tenté de reformuler la condition des femmes, entre singularité et neutralité ce que l'auteur d' Enfance incarna à sa manière.

J'ai revu récemment des entretiens de Nathalie Sarraute avec Claude Régy, et j'ai retrouvé, intact, l'enthousiasme qu'ils avaient fait lever en moi en 1990. Elle avait alors 89 ans, et son esprit, sa joie, sa liberté, sa passion tranquille et puissante m'avaient emplie d'admiration. Je me suis rendu compte que c'était elle qui avait dû prêter, sans que j'en aie clairement conscience, son visage et son caractère à la Rosalinde d'un de mes romans, Lent delta (1998). Je dois dire d'emblée, elle me le pardonnerait sûrement, elle qui eut l'audace, voix isolée en 1947, de critiquer, alors qu'il venait de mourir, Paul Valéry, que la critique unanimement louait, elle qui, dans ces entretiens, dit calmement qu'elle n'a pas le culte des grandes oeuvres et qu'elle se sent autorisée à pointer les passages faibles chez Baudelaire ou chez Proust, je dois dire d'emblée que, si Nathalie Sarraute a compté pour moi, elle ne fut pourtant jamais tout à fait un modèle littéraire. J'ai certes ap ...

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