Sagan et fils

Sagan et fils

En publiant Les Quatre coins du cœur, un texte inédit mais inachevé de Françoise Sagan quinze ans après la disparition de la romancière, les éditions Plon ont ravivé le débat sur les publications posthumes.

Fallait-il publier le livre posthume de Françoise Sagan ? Bien sûr que oui, et nous remercions son fils Denis Westhoff, le courageux héritier des dettes et de l'oeuvre saganiennes, de nous avoir livré ce texte. Fallait-il pour autant abdiquer tout sens critique et taire notre sentiment – à savoir que ledit texte ne ressemble que de loin à une oeuvre achevée de Françoise Sagan (1) ? Bien sûr que non.

Sur les publications posthumes, plusieurs écoles s'affrontent. Mais, par-delà la position morale qui consiste à s'en méfier a priori, et par-delà une certaine critique pour qui, chez un écrivain, tout fait miel, même ses listes de courses, chaque parution posthume pose un problème très concret : celui du degré d'inachèvement du texte. Parfois, il s'agit d'un brouillon assez propre pour être publié en l'état, avec ses notes et ses ratures, comme l'a fait Gallimard avec Le Premier Homme de Camus. Parfois, le manuscrit se révèle un tel embrouillamini qu'il faut intervenir pour qu'il soit lisible – c'était le cas du Sagan. Parfois, il est assez parfait pour paraître quasi tel quel – comme Le Maître et Marguerite, qu'un Boulgakov privé de publication par Staline travailla jusqu'au bout de sa vie avec son épouse, laquelle mit la touche finale. J'aurais tendance à penser qu'un romancier écrit pour être lu et qu'absence de déclaration claire – comme celle d'Amélie Nothomb, qui s'est opposée préventivement à ce que l'on exploite ses tiroirs bien remplis – vaut autorisation de publication. Les écrivains sont des vampires, dit un vieux lieu commun. Ne pas s'étonner, dès lors, que l'édition saisisse chaque occasion de les ramener d'entre les morts.

 

Photo : Françoise Sagan © Laszlo Ruszka/Ina/AFP

Nos livres

À lire : Révolution aux confins, Annette Hug, traduit de l'allemand Suisse par Camille Luscher, éd. Zoé