Qui perd gagne

Qui perd gagne

« C'est le jeu », dit-on couramment lorsque quelqu'un perd. Manière de dire qu'il fallait s'y préparer, que la norme c'est l'échec, qu'étrange aurait été la victoire - et qu'on joue avant tout pour perdre.

Ceux qui ne le supportent pas - tristes winners - le savent confusément, au fond d'eux-mêmes : la victoire est un hapax qui les laisserait abasourdis, une incongruité, comme une fausse fleur des champs dans un vrai champ de fleurs. (D'ailleurs il faut l'arracher - la fleur, la victoire.) Puis on ne perd pas au jeu comme on perdrait des clés, ni même comme on perd un travail ; quelque chose de très vain s'y joue, c'est-à-dire d'essentiel : quelque chose que je nommerais « la drogue douce de la frustration ».

Roger Caillois, qui fonda avec Bataille et Leiris le Collège de sociologie, cherchait à définir ce qu'était le jeu. Il comprit que cette activité devait être libre, séparée, incertaine, improductive, réglée, fictive. Par quoi on se dit que Caillois devait adorer la littérature, puisqu'elle obéit aux mêmes définitions. La poésie classique n'est rien d'autre qu'un jeu, où l'on s'enchaîne afin de ne plus gesticuler. Écrire un roman, c'est obéir à une grammai ...

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Entretien

Photo : Frantz Olivié © DR

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