Queens of New York

Queens of New York

Une drag-queen en fin de parcours initie un nouvel adepte à la culture ballroom et au voguing, de la scène underground des années 80 jusqu'au succès grand public des années 2010.

L'expression donne le ton : à l'époque, la ville est un « Thanksgiving sous ecsta »… Le New York du début des années 1980 n'en finit pas de nous fasciner. Paillettes et robes lamées, virées avec Keith Haring ou la célèbre drag-queen RuPaul, il fallait bien 400 pages à Julien Dufresne-Lamy pour nous faire tourbillonner dans le monde de ces « jolis monstres » qui donnent leur nom à son cinquième roman. À travers la rencontre d'un Afro-Américain, drag-queen lui aussi, mais en fin de parcours, et d'un jeune Mexicain, le roman nous plonge dans le récit nerveux de cette culture autrefois si underground qui règne à New York comme à Los Angeles. « Je navigue avec Willi Ninja, picole avec Kurt Cobain, souris face à Nan Goldin, chante avec Angie et des enfants Xtravaganza. » Ainsi vit la somptueuse Lady Prudence qui raconte au jeune repenti mexicain ce monde des mal-aimés, cette contre-société, qui vit au rythme des bals, où les maisons tenues par des « mères » (les drag-queens les plus respectées) se concurrencent lors de défilés extravagants.

Inspiré du documentaire Paris is burning, le roman décrit longuement les compétitions de « voguing ». Cette danse inspirée des couvertures de magazine connaîtra son heure de gloire avec Madonna et son tube « Vogue ». « Le vogue, c'est du hiéroglyphe, de l'art africain, des films des arts martiaux des années 1960… On est dans la géométrie pure », explique l'un des protagonistes. Les personnages du documentaire que l'on retrouve dans le livre : l'intrépide Venus, les cultes LaBeija ou Ana Xtravaganza, donnent la chair maquillée, poudrée à ce récit qui s'achève, après l'hécatombe des années sida, sur l'apparent triomphe des drag-queens dans l'émission télévisée de RuPaul. Une popularité qui masque, pour l'ex-Lady Prudence, un changement d'époque : dorénavant, les jeunes se soucient plus de savoir à quelle lettre du LGBTTIQQ2S ils s'identifient que de leur statut sérologique. Un attachant et électrique voyage dans le monde des drags.

JOLIS JOLIS MONSTRES, Julien Dufresne-Lamy, éd Belfond, 416 p., 18 E.

Nos livres

À lire : À lire : « Lanny », Max Porter, traduit de l'anglais par Charles Recoursé, éd. du Seuil

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Les écrivains journalistes avec RetroNews

Pour accompagner notre dossier sur la littérature érotique, nous vous proposons de plonger, en partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bnf, dans la vie de Rachilde, la reine des décadents.

Illustration : Le journal des Débats, 27 mars 1899 - source : RetroNews-BnF