Purs et durs

Purs et durs

Cocteau est foudroyé par Notre-Dame-des-Fleurs et adoube sa « pureté aveuglante et inadmissible ». Si le lien entre les deux hommes ne se rompra pas totalement, ils seront impitoyables l'un envers l'autre, Genet n'étant pas un disciple docile.

Dimanche 14 février 1943, Genet, gants d'un gris parfait et mise impeccable, se rend pour la première fois rue de Montpensier. Il réalise enfin son vieux rêve de se voir reconnaître du génie par le poète qu'il aime et admire depuis dix ans : « Cocteau a voulu le voir seul. Il lui a demandé de le tutoyer, lui disant : "Tu es poète." Il lui a pris la main et l'a imposée sur son front (1) », rapporte François Sentein dans ses Nouvelles minutes d'un libertin. Scène capitale, qui a quelque chose d'un sacre, par laquelle Cocteau fait son égal de ce « personnage d'entre deux prisons, marqué par les prisons », après avoir lu son poème « Le condamné à mort » : « Élégance, équilibre, sagesse, voilà ce qui émane de ce maniaque prodigieux. Pour moi ses poèmes sont le seul grand événement de l'époque (2). » Genet revient de loin : depuis deux mois, il jouait les mauvaises cartes avec Cocteau en cherchant à le conquérir par ses pièces de théâtre (Pour la Belle notamment, qui dev ...

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