Proust créole, ou les langues embrassées

Proust créole, ou les langues embrassées

Mots étrangers, patois, jargons, argots... De multiples langues s'invitent dans l'écriture proustienne, dont la grande affaire est la traduction, au sens le plus large.

« Une langue que nous ne savons pas est un palais clos » (À l'ombre des jeunes filles en fleurs, I, p. 572). Parmi toutes les réflexions sur la langue que contient La Recherche, celle-ci est peut-être l'une des plus énigmatiques. Elle semble contredire le mélange des registres, le goût pour les mots nouveaux, les efforts de traduction menés par le narrateur et les autres personnages, qui donnent au texte sa richesse en matière de langues diverses mais qui le rendent ni particulièrement « classique » ni particulièrement « pur ». Elle suppose une étanchéité des langues entre elles, chacune formant pour l'autre une zone inatteignable et retranchée. Surtout, elle unit le désir et la langue étrangère dans un même univers séparé, dans un conte merveilleux dont il faut s'approprier les signes. Selon que le palais est celui aux marches duquel on se tient, si l'on en croit les mots de la chanson, ou bien la voûte supérieure de la bouche (deux homonymes ne dérivant pas d ...

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