Profession : correspondant de guerre

Profession : correspondant de guerre

Voir et raconter : le credo d'Albert Londres sera celui de tous les correspondants de guerre qui vont marquer ce siècle. Parmi des milliers de professionnels restés inconnus du public, l'Histoire a retenu une dizaine de noms, Hemingway, Malaparte, Bodard...

Ni soldats quand bien même ils portaient casques et brodequins, ni vraiment civils bien que ne relevant d'aucune armée, volontaires pour le champ de bataille et payés pour l'être, mais pas mercenaires pour autant, leurs uniformes n'appartiennent qu'à eux et leurs « armes », de plus en plus sophistiquées, ne tuent pas : ils ne font pas la guerre, ils la « couvrent ». On les appelait « correspondants de guerre » quand un vague statut fixé par les belligérants ou leurs services de propagande leur accordait l'étrange privilège d'accompagner les soldats sur le front.

Journalistes parmi tous les autres, ils ne sont pas tout à fait des journalistes comme les autres. Loin des fronts et longtemps après, ils se reconnaissent entre eux, telle une confrérie initiatique, une chevalerie sans ordre et sans hiérarchie. Et même si - à notre connaissance du moins - aucun intéressé ne revendiquerait aujourd'hui l'appellation, le mot a perduré, telle une particule aristocratique désuète, en souvenir de quelques grands anciens ou comme pour donner sens au fait d'être là, précisément, quand pour rien au monde personne ne voudrait y être si on lui en donnait le choix.

Les mythes ont la vie dure. « Je n'ai jamais rencontré un journaliste au Vietnam qui reste insensible quand on réunit les mots "guerre" et "correspondant", écrit Michael Herr 1. Ce prestige est peut-être vide et un peu fou, mais il y a des fois où c'est tout ce qui vous reste... » Remplacez « Vietnam » par n'importe quel autre grand titre de l'actualité, Liban, Bosnie, Rwanda, Ethiopie, Kosovo, et le même constat marche encore.

Les récits de guerre accompagnent l'histoire de l'humanité et se confondent avec elle. De la Bible à l' Iliade , les fables fondatrices sont des fables guerrières. Albert Londres tenait Homère pour le « prince des grands reporters ». Quant à lui, il s'est contenté d'inventer le genre.

Enfin, presque. Le premier reportage signé d'Albert Londres était un récit de guerre. Il racontait pour Le Matin , le 21 septembre 1914, le bombardement de la cathédrale de Reims.

L'histoire n'avait pas pour autant commencé avec lui. Journalistes anglo-saxons et français rivalisaient - déjà - sur les champs de bataille dans le dernier quart du xixe siècle. Oubliés aujourd'hui, les noms de Charles Chincholle ou d'Alfred Périvier s'illustrèrent dans les colonnes du Figaro , avec les premiers reportages « en direct » de la guerre russo-turque de 1877, « couverte » du côté russe, et dans le même style, pour l'agence Havas par un certain Léon Pognon. Au même moment, Olivier Pain, ancien communard, balançait entre la plume et le fusil comme le fera plus tard George Orwell en Espagne. Un autre journaliste, Ludovic Naudeau, envoyé spécial du Journal , gagnera après ses reportages sur la guerre russo-japonaise le titre de « grand ténor de la correspondance de guerre » 2. Peut-être peut-on y voir la naissance du mot.

La chose, elle, s'installe durablement et officiellement avec la guerre de 14-18 et, pour la France, la création de la « Mission de Presse Française » organisée par l'Etat-major qui publie en trois pages et onze points ses Instructions concernant les correspondants de guerre français aux armées . Manipulation et censure sont aux commandes. Comme le rappelle Pierre Assouline, l'excellent biographe d'Albert Londres, « depuis le début de la guerre, il n'est question que de bourrage de crâne, d'un côté comme de l'autre. Français et Allemands se livrent à une surenchère de communiqués, destinée à bercer leurs troupes et leurs concitoyens dans l'illusion d'une supériorité incontestable et d'une victoire à portée de la main. Après le règne de la fausse nouvelle... on assiste au règne de l'absence de mauvaises nouvelles. Une consigne : ne pas désespérer le soldat. Un mot d'ordre : gonfler l'arrière ».

A plusieurs décennies de distance les principes n'ont guère changé. La propagande s'est muée en « communication », les guerres se veulent chirurgicales, victimes civiles et bavures se déguisent en « dommages collatéraux » : les objectifs sont les mêmes et quant au fond, les militaires demeurent convaincus qu'une guerre gagnée sur le terrain risque fort d'être perdue à cause de la presse. D'où l'urgence impérieuse de la contrôler. Et la difficulté d'y parvenir.

Quand il retrouve le « front français » après trois années passées sur les champs de bataille balkaniques, Albert Londres n'échappe pas aux fureurs galonnées. Il n'avait pourtant rien d'un défaitiste et moins encore d'un bolchevik. Mais dès son premier reportage il annonce la couleur. « Que ceux qui n'aperçoivent plus distinctement le paysage tragique de la guerre, écrit-il en juillet 1917, parce qu'il leur est trop familier ou qu'ils en sont trop loin, viennent avec moi. Je vous emmène, suivez le nouveau débarqué : nous allons voir. » 3. Et il fera comme il dit. A la relecture de ces reportages récemment réunis en volume, on aurait peine à y trouver des messages subversifs. Mais il faut croire que le seul fait d'aller voir et de raconter, au plus près des hommes, de la boue, du feu et du sang des tranchées suffit à défriser la censure militaire. Le péché d'Albert Londres ? Montrer tout simplement qu'aussi juste soit-elle, et de toute évidence l'auteur n'en doute pas, une guerre n'est pas plus fraîche que joyeuse. Ce qui s'appelle plus simplement faire son travail de journaliste.

Voir et raconter. Le credo d'Albert Londres ou d'Edouard Helsey, les « grands » de l'époque, sera celui de tous ceux qui vont suivre. Il y aura de tout, génies et faussaires, aventuriers rebelles et scribes serviles, futurs écrivains célèbres ou journalistes voués à l'anonymat, mais de guerre en guerre - faites les comptes, elles n'ont pratiquement jamais cessé depuis lors -, l'histoire, pour le meilleur et pour le pire, va s'écrire d'abord et bien avant les historiens professionnels, sous la plume des témoins salariés, correspondants en titre ou non.

La plupart, il est vrai aussi, seront vite oubliés, comme les journaux qui les portèrent. Pas tous bien sûr. Mais si la réputation d'Ernest Hemingway doit plus à ses romans qu'à ses dépêches d'agence ou ses articles de journaux, il n'en fut pas moins correspondant de guerre en Espagne comme il le redeviendra pour le débarquement du 6 juin 1944 sur les plages de Normandie. André Malraux n'était pas journaliste en Espagne même si L'Espoir peut être lu comme un formidable récit « vécu », un reportage donc, de même que l' Hommage à la Catalogne de George Orwell, qui fut d'abord un combattant, antifasciste et antistalinien, tout en étant chroniqueur et écrivain. Kaputt et La Peau sont lus aujourd'hui encore comme des grands classiques du siècle, Malaparte était néanmoins, lui aussi correspondant de guerre sur le front italien. Ce sont évidemment les très grands, avec quelques autres d'une époque où des centaines de journalistes de l'écrit, comme de l'image, vécurent les mêmes expériences, partagèrent les mêmes souffrances, mais n'écrivirent pas de livres, sauf exception.

Ainsi, par exemple, Marcel Picard, le premier « Prix Albert-Londres » d'après-guerre, décerné en 1946 pour une série de reportages réunis en volume sous le titre J'étais un correspondant de guerre . Etait-il le meilleur de l'époque ? C'est au moins ce qu'avait décidé le jury du prix français le plus prestigieux pour les jeunes grands reporters les candidats doivent avoir moins de quarante ans. Intéressant au passage de noter que 2 sur 3, sinon sur 3 sur 4 des lauréats de l'Albert-Londres ont été couronnés pour des reportages liés à des faits de guerre. Certains sont d'authentiques petits chefs-d'oeuvre du moment, autant par le style que par l'intensité et la véracité du témoignage. Relisez donc Le Rif, Guerre des ombres par René Mauriès, prix Albert-Londres 1956, ou les Carnets de route au Bengale de Jean-Claude Guillebaud 1972 mais il faudrait en citer tellement d'autres 4. Inégaux certes, tous racontent des moments essentiels de notre histoire contemporaine, celle des multiples guerres qui à l'ombre de la vaste paix globale et glaciale qui a suivi le deuxième conflit mondial, ont accouché dans la douleur un monde actuel qui n'en finit pas de régler ses comptes.

N'y aurait-il rien d'autre d'intéressant à raconter dans les journaux ? Bien sûr que oui et heureusement. Parmi les meilleurs reportages couronnés, Armand Gatti le fut en 1954 comme « Envoyé spécial dans la cage aux fauves », une histoire - magnifique - de dompteurs et d'animaux ou en 1976, Christian Hoche pour une histoire de bergers somaliens nomades contraints par la sécheresse à devenir pêcheurs sédentaires, ou encore Sorj Chalandon en 1986 pour une série d'articles sur le procès Barbie. Mais Gatti fut, à sa manière, « correspondant de guerre » aux côtés des Indiens dans le Guatemala insurgé, Hoche parcourut d'innombrables fronts du Vietnam au Liban, du Cambodge à l'Erythrée et Chalandon, entre autres qualités, fut aussi le témoin inlassable - et passionné - de la tragédie irlandaise. C'est souvent dans la guerre que les journalistes « font leur classe ».

Non, évidemment, il n'y a pas que la guerre pour dire la vérité plurielle de notre planète, mais c'est aussi et d'abord peut-être à travers ces conflits sanglants, ces multiples guerres aussi interminables et sauvages que vite oubliées que l'on touche au plus intime le coeur de la condition humaine, ce mélange indissociable d'intelligence et de bêtise, de barbarie et de générosité, de mensonge et d'accomplissement de soi, et, pour ce qui nous concerne, d'un engagement dans notre métier poussé à l'obsession en même temps qu'une conscience suraiguë de sa dérision.

Dire « la guerre » n'a pas grand sens, sinon aucun. Les guerres ne se ressemblent pas, ni les pays, ni les circonstances et les gens moins encore. Et même dans chaque cas, au plus près de la réalité, « la » guerre n'existe pas, ou si peu. Impalpable, fantomatique, elle n'est que le nom générique d'un vaste désastre humain dont le meilleur journaliste, ni plus ni moins du reste que les acteurs, civils ou combattants, ne traverse qu'un moment dans un espace restreint. Après coup bien sûr, les plus doués peuvent tenter et parfois réussir de grandes fresques. Cela donne, loin, très loin des articles quotidiens, des livres qui durent. La Guerre d'Indochine de Lucien Bodard 5, qui réunit en un volume unique les trois livres eux-mêmes issus de la longue couverture de cette guerre par l'envoyé spécial de France-Soir est un exemple hautement réussi. La Guerre d'Algérie 6 d'Yves Courrière en est un autre, plus proche encore du travail de l'historien. Mais sur le coup, au jour le jour, on ne connaît que l'urgence.

La seule vérité possible du reporter-correspondant de guerre est celle de l'instant et du lieu où il se trouve, plus proche en cela de celle du romancier. Héros et faits d'armes du jour s'effacent vite. Restent les personnages de rencontre, les gestes, les mots, des situations sans importance historique, à peine des épisodes mais d'où pourtant surgit le vrai, inoubliable, d'un « moment juste » comme disait Armand Gatti. Ce sont ces moments-là, ces anecdotes volées à la tragédie collective, qui donnent tout leur prix aux chapitres de l' Air de la guerre de Jean Hatzfeld 7, envoyé spécial de Libération en Bosnie.

Aventurier ou charognard comme d'autres le qualifieront selon leur goût ou leur dégoût, le « correspondant de guerre » ou quelque nom qu'on lui donne, est d'abord un professionnel de l'information. Ses aventures ne regardent que lui, sa mission, s'il écrit, est de rapporter ce qu'il a vu et entendu, vérifié autant que possible et adressé dans les temps à sa rédaction lointaine. Plus que jamais et plus qu'ailleurs le « je » est haïssable, sinon pour relativiser le point de vue.

« Just facts », rien que les faits, comme disent les Anglo-saxons. Rien à voir avec Mel Gibson dans l' Année de tous les dangers même si le film de Peter Weir, soit dit en passant, est l'un des plus réalistes jamais consacrés au sujet. Tintin reporter est à l'origine dit-on de multiples jeunes vocations de journalistes, sa caractéristique la plus remarquable cependant, hormis les aventures fantastiques dont il est le héros, est précisément, comme le notait Sorj Chalandon, de ne jamais écrire une ligne. On le chercherait en vain un carnet à la main ou suant derrière sa machine à écrire.

« Couvrir » une guerre est bien au contraire une permanente leçon d'humilité. Question de métier d'abord, affaire de morale également. Aussi dangereux soit parfois l'exercice, librement choisi s'il faut le rappeler, on ne doit ni ne peut oublier que les dangers courus et parfois même les souffrances endurées ne sont qu'une goutte d'eau, parfois rougie, dans l'océan d'un drame collectif et de plus, durable quand la mission du journaliste s'achève en quelques jours, quelques semaines ou quelques mois. Un journaliste, c'était au Liban je crois, disait un jour qu'être blessé relevait le plus souvent de la faute professionnelle. Propos très excessif, même si l'intéressé l'avait d'abord éprouvé sur lui-même.

Le correspondant d'agence de presse pourrait être le véritable héros de cette histoire, si sa fonction, sa mission devrait-on dire, n'en faisait pas l'antihéros par excellence. « De toutes les guerres qu'il racontait, il omettra toujours la sienne » écrivaient Jean Huteau et Bernard Ullmann à propos de Jean Vincent, disparu en 1987 et qui couvrit tous les grands conflits d'Asie 8. Le propos vaudrait pour bien d'autres de « France-Presse », pour Véronique Decoudu publiant malgré les menaces de mort son reportage sur les « zones libérées » du Vietnam, pour Xavier Baron, prisonnier des khmers rouges et refusant de signer un texte accordant à ses geôliers la reconnaissance qu'ils mènent une « guerre juste » - le même Xavier Baron que l'on retrouvera, journaliste impeccable, de rigueur, de modestie, et de générosité, à la tête du bureau de Beyrouth, en pleine guerre civile. Mais il faudrait en citer des dizaines, des centaines peut-être, dont tous ceux qui y sont restés.

De loin en loin, un prix de journalistes sort de l'anonymat professionnel ces « soutiers » admirables de l'information, ainsi l'Albert-Londres 1999 accordé à Michel Moutot de l'AFP pour sa couverture du Kosovo, comme autrefois à Sammy Ketz, le grand témoin de Beyrouth-ouest aux pires moments. Une distinction que l'on peut juger ridicule, comme elles le sont toutes, mais aussi un hommage précieux pour la plus belle part du métier de journaliste.

Le 30 avril 1975, la chute de Saigon marquait la fin de la deuxième guerre du Vietnam. Après les Français ce sont les Américains qui doivent abandonner le terrain. Une page de l'histoire se tourne. Une page du journalisme de guerre aussi dont le Vietnam fut, pour beaucoup, une sorte d'aventure ultime, comme la fin d'un monde. Mieux que tout le monde, Michael Herr la racontera dans Dispatches , traduit en français sous le titre Putain de mort et qui reste le livre unique autant sur les Américains au Vietnam que sur le métier de correspondant de guerre. Avec un autre qu'il ne faudrait pas omettre même s'il est tout entier consacré à la dérision du métier. N'empêche, la lecture de Scoop , d'Evelyn Waugh, écrit dans les années trente, demeure un vaccin jubilatoire et salutaire 9. Mais c'est une autre histoire.

Une idée reçue et persistante veut que la guerre du Vietnam ait finalement été perdue par ses vainqueurs logiques, les Américains bien sûr, à cause des médias de la côte Est, de leurs images et de leurs récits. Vraie ou fausse, elle servit de leçon définitive. Il n'y avait plus de journalistes pour accompagner les marines lors du débarquement sur la petite île de Grenade 1983 et durant la Guerre du Golfe-Tempête dans le Désert 1991, les correspondants de guerre, du moins ceux travaillant du côté des « alliés » furent cantonnés en Arabie Saoudite au rôle de scribes ou de porte-micros lors des briefings, qui devinrent le seul événement racontable pour meubler la journée. Réduits à leur caricature, les gens de presse, surtout audiovisuelle, avaient pour seule consolation de revêtir leur uniforme multipoche, assorti si l'on voulait de masque à gaz, pour animer les « plateaux » en direct-live de Ryad. Idéal de la propagande - pardon la « communication » - militaire. Degré zéro du métier. Il y eut donc bien un « avant » et un « après » Vietnam.

Pourtant le 13 avril 1975, avant même que le dernier hélicoptère US ait emporté le dernier Américain de Saigon, un obscur incident - la fusillade d'un autobus de Palestiniens par des miliciens chrétiens dans une banlieue de Beyrouth -, donnait le signal d'une série de guerres plus ou moins « civiles » qui allaient ravager le Liban pendant plus de quinze ans. A peine sortis du Vietnam, les « correspondants de guerre » se remirent à l'ouvrage, bientôt rejoints par une nouvelle génération qui elle-même allait laisser la place à d'autres quand, au tournant des années 80, alors que le Liban commençait tout juste à panser ses plaies, les premiers bombardements allumaient les feux d'une nouvelle guerre en ex-Yougoslavie. De nouvelles signatures apparurent, Jean Hatzfeld, Jean Rolin, Renaud Girard, pour ne citer que quelques journalistes français. La rude école du journalisme de guerre n'a pas cessé d'engendrer ses folies, et ses talents.

Liban, Croatie, Bosnie, Kosovo, ce ne furent pas non plus les seules guerres « modernes ». Nicaragua, Salvador, Iran-Irak, Somalie, Rwanda, Congo, Kurdes, Cambodge, Ethiopie, Erythrée, Tchétchénie, la liste est interminable où les nations, les ethnies, les religions, les communautés, les hommes continuent de s'affronter et les « correspondants de guerre » ou comme le dit Michael Herr, « Ces-Types-Dingues-Qui-Couvrent-La-Guerre » continuent de témoigner.

Peut-être même qu'ils y trouvent, osons le mot, du « plaisir », et plus assurément encore qu'ils y mettent de la passion. Non pas, finissons-en avec les clichés imbéciles, au contact de la mort des autres ni en flirtant avec leur propre mort, mais parce qu'ils y découvrent plus sur eux-mêmes et sur le monde que ne le leur permettra jamais aucune expérience humaine. L'histoire dira un jour ce qu'il fallait finalement penser de ces conflits innombrables qui viennent compléter l'invraisemblable puzzle de ce siècle finissant. Mais à hauteur d'homme, pour le seul et périssable présent, les journalistes de la guerre nous disent ce qu'il en est, au jour le jour, de l'humaine condition.

A la fin de son livre, Jean Hatzfeld cite Rainer Maria Rilke. « Au fond le seul courage qui soit exigé de nous est celui qui nous permet d'affronter ce que nous pouvons rencontrer de plus étrange, de plus singulier, de plus inexplicable. » Mais il écrit aussi, lui, miraculé de Bosnie qui en sortit grièvement blessé : « Quant à moi je n'ai jamais songé à invoquer la fatalité. S'il m'arrive souvent, pris dans un nuage de mélancolie, de maudire la maladresse du tireur de Kalachnikov, avec l'accalmie resurgit le bonheur de cette vie de journaliste à Sarajevo. »

On pourrait mettre n'importe quel autre nom à la place, où les uns et les autres passèrent quelques heures terribles de leur vie et donnèrent la meilleure part d'eux-mêmes. Tous probablement diraient la même chose.

1 Michael Herr, Putain de Mort . Traduit de l'américain par Pierre Alien. Ed. Albin Michel.

2 Références puisées dans la bibliographie d'Albert Londres par Pierre Assouline. Balland.

3 Dans Contre le bourrage de crâne , recueil des reportages d'Albert Londres écrits pour Le Petit Journal en 1917 et 1918. Ed. Arléa.

4 On trouvera ces articles réunis dans Grands Reportages - Les 40 prix Albert-Londres 1946-1986 , chez Arléa.

5 La Guerre d'Indochine , Lucien Bodard, éd. Grasset réunion en un seul volume des trois livres sur le sujet précédemment publiés sous le titre I. L'enlisement , II, L'humiliation , III, L'aventure .

6 La Guerre d'Algérie , Yves Courrière. Republié en collection « Bouquins » éd. Laffont, 1994.

7 L'Air de la Guerre , Jean Hatzfeld. Ed. de l'Olivier puis Points-Seuil.

8 Cité dans A.F.P., Une Histoire de l'Agence France-Presse-1944-1990 par Jean Huteau et Bernard Ullmann. Ed. Laffont.

9 Scoop , par Evelyn Waugh, traduit de l'anglais par Henry Evans. Ed. Julliard puis 10/18 dans l'édition Julliard on y trouvera également le récit réel lui, par l'auteur, de son expérience personnelle de « correspondant de guerre » en Abyssinie sous le titre Une guerre en 1935 .

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