Prix du Roman des étudiants : les écrivains à la rencontre de leur jury

Prix du Roman des étudiants : les écrivains à la rencontre de leur jury

Le 12 décembre dernier, Emma Becker a remporté le Prix du Roman des étudiants pour La Maison (Flammarion). Le Nouveau Magazine Littéraire a assisté à une rencontre à l’université de Montpellier en présence de deux des nommés, Jean-Paul Dubois et Monica Sabolo.

Par Jacques Braunstein.

France Culture et Télérama organisent le Prix du Roman des étudiants depuis 7 ans. Cette année, 1100 d’entre eux, issus de 24 universités, de Bordeaux à Nanterre et d’Amiens à la Réunion, devaient départager cinq romans de la rentrée choisis par les rédactions des deux médias. Marie Darrieussecq (La Mer à l’envers, P.O.L.), Sylvain Prudhomme (Par les routes, L’arbalète/Gallimard), Emma Becker (La Maison, Flammarion), Monica Sabolo (Eden, Gallimard) et Jean-Paul Dubois, récent prix Goncourt pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (L’Olivier). Ces deux derniers participaient à une rencontre à l’université de Montpellier, animée par Sandrine Treiner, directrice de France Culture, à laquelle le Nouveau Magazine Littéraire a assisté. 

« Il s’agit de romans choisis par nos rédactions, mais de romans qui nous semblent dire quelque chose à un public d’étudiants », explique Sandrine Treiner. « Des œuvres qui ne sont pas seulement intéressantes d’un point de vue formel. Parce que faire venir des écrivains dans des universités démontre que la culture ce n’est pas qu’une addition d’œuvres mais quelque chose de vivant. » La journaliste – c’est une des rares directrices de l’audiovisuel public à avoir officié dans son média avant d’en prendre la tête, cela mérite d’être noté – constate également qu’il est important que les rencontre se fassent à l’université. « Avant, nous organisions la venue des auteurs dans les librairies partenaires, en ville, mais beaucoup d’étudiants hésitaient à pousser la porte. Désormais c’est nous qui allons à leur rencontre, dans les lieux où ils ont cours tous les jours. »

Et d’ailleurs l’amphithéâtre de la faculté d’éducation de l’université Montpellier 2 est plein de plus d’une centaine d’étudiants. Et de nombreux professeurs attirés, notamment, par la présence d’un Prix Goncourt. Jean-Paul Dubois, comme il nous l’a expliqué avec la bienveillance un peu distante qui le caractérise, ne goûte guère les rencontres avec les lecteurs : « Je n’ai pas de prévention contre cela, mais c’est compliqué pour moi… Je n’aime pas parler d’un livre quand il est terminé. Normalement il n’y a rien à ajouter. À l’école on nous disait d’éviter les redites et je ne vois pas ce que je peux apporter de plus. » Lors de son échange avec les étudiants, on apprendra pourtant que c’est le concierge de l’immeuble de sa femme à Montréal qui lui a inspiré le personnage principal de son nouveau roman. « Serge a sauvé ma belle-mère qui était allé en chemise de nuit s’asseoir à l’arrêt de bus par - 20 °C. Il l’a prise dans ses bras et l’a remontée chez elle… Il m’a raconté son métier, les gens de l’immeuble, les morts, les malades et surtout les vivants, leur grandeur d’âme, leur médiocrité, leur pingrerie… », raconte l’écrivain avant de conclure : « voila comment se font les livres, les histoires se construisent par accumulation, par imprégnation. Après, ça vient tout seul, à un moment on sait comment l’écrire, comment le raconter. Ça, c’est peut-être ce que je peux partager avec des étudiants. »

De son côté, Monica Sabolo, qui a participé à plusieurs rencontres dans le cadre du Prix, est ravie. Ses livres, depuis Crans-Montana (Lattès, 2015), parlent beaucoup du passage à l’âge adulte et elle aime particulièrement rencontrer des étudiants. « C’est le public que je préfère. Ils sont forts, ils sont d’une fluidité enthousiasmante. Les questions de genre, des minorités, la responsabilité que représente le fait d’écrire sur les autochtones, l’éco-féminisme, tout ça est limpide pour eux. Les questions qu’ils posent sur les personnages d’Eden, sur ces garçons, ou même ces filles, qui ne se comportent pas bien sont particulièrement justes et précises. Elles ont quelque chose d’assez touchant, intime, ils partent de leurs propres problématiques… En fait, plus on avance en âge, plus c’est le bordel », conclut-elle dans un éclat de rire.

Preuve de l’ouverture d’esprit du vaste jury de ce Prix du Roman des étudiants, c’est finalement le roman d’Emma Becker, La Maison (Flammarion) qui l’a remporté le 12 décembre dernier. Ce roman raconte l’expérience de l’autrice qui a choisi « par curiosité » de travailler pendant plus de deux ans dans une maison close berlinoise. Un texte qui a fait débat et été dénoncé par certaines féministes comme une apologie de la prostitution. Le livre a été finaliste du Prix Renaudot et du Prix de Flore qui ne l’ont finalement choisi ni l’un ni l’autre. Les étudiants semblent, eux, y avoir vu avant tout la précision du style et la complexité des sentiments relatés. « Il n'y a aucune noblesse là-dedans, mais il s'y trouve des vérités poignantes comme on n'en trouve nulle part ailleurs, des témoignages de bonheur et des promesses de félicité », a réagi l’autrice auprès de l’AFP, «… et il faut bien que quelqu'un en parle ».

 

Retrouvez notre interview complète de Jean-Paul Dubois dans le numéro de janvier du Nouveau Magazine Littéraire.

 

Photo : Emma Becker © JOEL SAGET/AFP

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À lire :Divers, Pierre Guyotat, éd. Les Belles lettres, 496 p., 27 E.