Margaret Atwood et Bernardine Evaristo, lauréates du Booker Prize 2019

Margaret Atwood et Bernardine Evaristo, lauréates du Booker Prize 2019

Le Booker Prize 2019, remis ce lundi 14 octobre, a récompensé deux ouvrages : Les testaments, de Margaret Atwood, et Girl, Woman, Other, de Bernardine Evaristo. En cinquante ans d'existence, c'est la troisième fois que ce dernier se divise pour ses lauréats. 

« Il aurait été assez embarrassant vu mon âge et mon parcours d’avoir gagné seule et intégralement ce prix, empêchant ainsi une personne en début de carrière de passer par cette porte. J’en aurais été vraiment embarrassée, croyez-moi », a confié Margaret Atwood lors de la cérémonie de remise du Booker Prize 2019 qui récompense les meilleures œuvres de fiction anglophones publiées cette année. L’autrice canadienne a été désignée co-lauréate ce lundi pour son dernier livre Les testaments aux côtés de Bernardine Evaristo, qui signe l’ouvrage Girl, Woman, Other, à ce jour non-traduit en français. Un choix singulier pour l’institution britannique créée en 1969 qui s’est effectué à l’encontre de la direction du prix littéraire.

Des femmes et leur condition

Les testaments, publié plus de trente ans après La servante écarlate, prolonge cette terrifiante dystopie réactualisée par l’élection de Trump à la présidence des Etats-Unis et l’adaptation du roman en série télévisée par HBO en 2017. Son héroïne, June, y poursuit son récit des conditions d’esclavage dans lesquelles elle évolue, alors que l’humanité, progressivement infertile, divise la société en castes dont la plus basse est constituée de ventres reproducteurs. En 1993, elle avait déjà remporté le Booker Prize pour Le tueur aveugle. À 79 ans, son nom est aujourd’hui discuté pour le Prix Nobel. « Je suis très surprise, j’aurais pensé que j’étais trop âgée », a-t-elle réagi à la remise du prix cette année. Girl, Woman, Other, huitième roman de la britannique et nigériane Bernardine Evaristo, s’ancre dans notre réalité contemporaine et explore le quotidien de douze femmes noires britanniques en autant de chapitres. Un livre « festif, toujours dynamique et absolument irrésistible », s’enthousiasme la fondation du Booker Prize sur son site web. L’autrice, après avoir constaté qu’elle était la première femme noire à remporter ce prix, a jugé « incroyable » de le partager avec une « légende » comme Margaret Atwood. Leurs deux ouvrages s’attachent à dépeindre la condition des femmes en Occident, au futur ou au présent, de manière pessimiste, ou non.

Un prix à partager

En 50 ans, c’est la troisième fois seulement que le Booker Prize est remis à plusieurs auteurs. En 1992, Michael Ondaatje et Barry Unsworth s’étaient partagé la prestigieuse récompense, respectivement pour Un patient anglais et Sacred Hunger (traduit deux ans plus tard en français aux éditions Belfond sous le titre Le nègre du paradis), avec un vrai déséquilibre, vu la reconnaissance littéraire du premier, dont l’ouvrage a été traduit en plus de 40 langues et adapté à l’écran avec Ralph Fiennes et Juliette Binoche. En 1974, lorsque le prix a été attribué à deux auteurs pour la première fois, le scénario était déjà identique : Nadine Gordimer, qui publie alors Le conservateur (The Conservationist), est lauréate du Prix Nobel en 1991, tandis que Stanley Middleton, auteur cette année-là d’Holiday (traduit sous le même nom), reste connu comme… celui qui a remporté le Booker Prize en 1974. Peter Florence, actuel président du jury du prix britannique, a déclaré selon The Guardian : « Nous sommes arrivés à un consensus, où nous avons décidé de faire fi des règles et de diviser le prix de cette année pour célébrer les deux gagnantes (…) Nous ne pouvions pas les séparer ». Margaret Atwood et Bernardine Evaristo, qui ont toutes deux exprimé leur joie d’être lauréates conjointement, se partageront la dotation du prix d’un montant de £50 000 (57 200€). Son attribution, on l'espère, donnera à cette dernière une visibilité dégagée de l'ombre de la première. 

 

Photo : Margaret Atwood et Bernardine Evaristo lors de la remise du Booker Prize 2019 au Guildhall, à Londres, le 14 octobre 2019 © Jeff Spicer/Getty images. 

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