Ponctueurs nés

Ponctueurs nés

La ponctuation ne concerne pas que les textes. Elle est aussi une nécessité en musique, au cinéma, dans les paysages, et peut-être même dans notre vie quotidienne. Pour le monteur de cinéma Walter Murch, « nous clignons des yeux pour ponctuer », que nous lisions, regardions, écoutions ou flânions.

La ponctuation ne tient pas en place. On croit pouvoir la contenir, lui assigner un espace propre qui se trouverait dans la phrase ou entre les phrases (comme celles que, ici même, je ponctue de virgules et de points). Mais le pouvoir de la ponctuation déborde de partout les limites de ce domaine censé être le sien. On parle ainsi de ponctuation de page (les alinéas, les paragraphes) et de ponctuation d'oeuvre (la division en chapitres). Le travail de la ponctuation, loin de s'arrêter à la phrase ou aux enchaînements de phrases, s'étend donc largement au-delà. Jusqu'où ? Où cesserait ce que certains appellent, par analogie avec les phonèmes, les ponctèmes ?

La question est d'autant plus abyssale que la ponctuation peut aussi déployer ses effets bien en deçà de la phrase, par exemple lorsqu'elle se met à creuser des écarts à l'intérieur même de l'unité apparemment indivisible du mot. André du Bouchet parlait d'« interlettrage » pour désigner l'insertion de blancs entre les let ...

Pour lire l’intégralité de cet article
d’une marque et j’accède à l’article

Grand entretien

Éric Vuillard

Éric Vuillard
« La Guerre des pauvres est une guerre qui n'est pas terminée. »