Le poids des plumes présidentielles

Le poids des plumes présidentielles

Du général de Gaulle à Emmanuel Macron, qui sont les hommes et femmes qui ont pratiqué l’exercice si périlleux de l’écriture des discours présidentiels ? Comment s’élabore cette parole qui rentre parfois dans l’histoire, pour le meilleur ou pour le pire ? C'est le thème du livre Les plumes du pouvoir de Michael Moreau, publié aux éditions Plon.

Par Aurélie Marcireau

Avis aux aspirants plumes : pour durer, il faut des nerfs majuscules et un orgueil minuscule. Dans son ouvrage Les plumes du pouvoir, Michael Moreau nous raconte l’histoire des mots présidentiels et de ceux qui les écrivent. De quoi tirer quelques leçons alors que les dernières semaines nous ont rappelé l’importance de la parole gouvernementale.

Entrés dans l’histoire ou abandonnés au fond d’une corbeille à papiers, les discours politiques ont chacun leur histoire. Une chose est certaine, les plumes sont les plus malmenés des instruments de la parole publique. Quoi de plus singulier que d’écrire pour un président quand ce dernier doit parler au nom de la France, à la France ou aux Français ? Il existe autant de discours que d’évènements, du passage obligé au moment exceptionnel, et autant (voire plus) de plumes que de présidents. Mais « le discours est le moment où le président s’engage » selon Henri Guaino, et à lire Michael Moreau, la préparation avant le « prononcé qui fait foi » selon la formule consacrée – est parfois aussi instructive que le discours lui-même. Ainsi les crises de nerfs du tempétueux Henri Guaino, qui ne voulait plus soumettre qu’au Président ses textes à cause des dissensions internes de l’équipe Sarkozy, le stress des plumes de François Hollande obligées de décrypter ses pattes de mouche souvent saignantes et les mises en concurrence de plumes par François Mitterrand révèlent les modes de fonctionnement de chacun.

Si le discours a toujours été d’une grande importance dans la culture politique française, ces deniers décennies, il s’est démultiplié. Mais à parler tout le temps, on risque d’être moins entendu, sauf lors des campagnes présidentielles où les discours sont maintenant diffusés sur les chaines tout infos. Ces textes, relus par des présidents plutôt le week-end, relèvent d’une alchimie particulière, susceptible d’être mise à mal jusqu’au dernier moment. Le Général parlait peu (67 discours par an contre 165 pour Mitterrand, 192 pour Jacques Chirac ou 225 pour François Hollande) et n’avait pas de plume officielle, quand les autres ont aligné les orfèvres du mot, de l’énarque à l’écrivain. 

Ont-ils influencé ceux qui prononcent leurs mots ? Ont-ils souvent écrit contre eux-mêmes ? C’est ce que raconte Les plumes du pouvoir. Bien sûr, l’auteur s’intéresse aux pensums : les vœux ou discours de politique générale. Ce dernier reste l’exercice impossible à réussir, sauf à ne pas écrire un discours de politique générale comme Chaban et sa nouvelle société… Quid des discours de campagnes ? Ceux écrits à tant de mains qu’on ne sait plus qui est l’auteur de la phrase qui restera dans l’histoire ? L’Histoire justement, celle qui retient le discours du Vel d’hiv de Chirac, celui de Dominique de Villepin à l’Onu ou encore Mitterrand au parlement européen.

Et puis, il faut savourer les lignes sur Jean-Louis Debré corrigeant devant le président Macron le discours que ce dernier va bientôt prononcer devant le Conseil constitutionnel. Il faut se mettre à la place de la plume chargée d’écrire pour Jacques Chirac le discours pour le transfert des cendres d’André Malraux au Panthéon. Et que dire du discours « soviétique » demandé par Chirac à la mort de Mitterrand ?

A l'heure où l’approximation dans les chiffres n’est plus possible, le plagiat identifié dans la seconde, la redite soulignée, la parole politique reste un marqueur important de la vie politique française. Et Les plumes du pouvoir apporte un éclairage intéressant sur la construction de cette parole.

 

À lire : Les plumes du pouvoir, Michael Moreau, éd. Plon, 368 p., 19 €

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Photo : Frantz Olivié © DR

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