Plaidoyer pour le droit à l'horreur

Plaidoyer pour le droit à l'horreur

Aussi vieux que la littérature, le genre horrifique devient par un étrange retournement un révélateur de la réalité en dévoilant sa part invisible. Reconnu par le monde anglo-saxon, il peine encore ici à gagner ses lettres de noblesse.

C'est un secret que les lecteurs informés se chuchotent : si la littérature d'épouvante persiste, c'est d'abord parce qu'elle est infiniment rassurante. Pensez-y : que pèsent vos malheurs conjugaux face aux misères de Jonathan Harker qui voit le comte Dracula lui piquer sa fiancée ? Que pèsent vos avanies professionnelles face au sort de l'équipage infortuné que Lovecraft envoie à la rencontre de l'effroyable Cthulhu remonté des eaux ? Et vos traumas d'enfance ne paraissent-ils pas tout relatifs face à ceux qu'endurent les petits héros du Ça de Stephen King ? Les terreurs fictives nous sauvent des terreurs réelles, et les lecteurs adolescents, qui ont toujours plébiscité le genre, le savent bien.

Dans sa célèbre nouvelle « La peur », Maupassant assure que l'on n'est jamais plus effrayé que par ce que l'on ne comprend pas. Autrement dit, un meurtre sanglant qui se déroule sous nos yeux nous glacera bien moins qu'une apparition inexplicable entrevue nuitamment au détou ...

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard