Partouze polyglotte

Partouze polyglotte

Au sein d'une communauté libertaire, une ado se transforme. Un texte loufoque et virtuose.

Depuis Rai-de-coeur (1996), raconté par un mâle affirmant « sa volonté de n'être rien, ni homme, ni femme » et précisant que la narration « ne doit avoir peur de rien et surtout pas de sa propre inanité », Emmanuelle Bayamack-Tan trace un sillon aussi régulier que non répertorié dans le PLF (paysage littéraire français). Arcadie ne déroge pas à cette règle, et ses héros sont issus de son bestiaire coutumier.

Les habitants de Liberty House sont beaux par accident mais, le plus souvent, vieux, fripés et difformes, et tous pourvus d'une sexualité aussi imaginative que peu regardante quant au genre et au nombre. Géolocalisé dans une zone inapte à capter les portables et les réseaux sociaux, cet anti-Disneyland est niché dans l'arrière-pays niçois. Une enfant vive, mal servie par la nature quoique issue de géniteurs d'une beauté et d'une stupidité confondantes, endosse le rôle de narratrice. Puis de narrateur, car les personnages ne lésinent pas en matière de mutation biologique.

On ne s'attardera pas sur l'intrigue de peu de poids au regard du bayamack dans le texte, qui apparie, avec un sens du loufoque hors du commun, les idiomes les plus éloignés. L'auteur a la fibre inclusive. Pour nourrir un style à sa façon, elle pioche à tout-va dans le panthéon des lettres. Avec un infini respect cependant : les érudits attentifs décèleront en une seule phrase, dans la scène de fellation de la page 401, des emprunts à Baudelaire, Proust, Artaud, Aragon, Éluard, et, pour pimenter le tout, au Cantique des cantiques.

ARCADIE, Emmanuelle Bayamack-Tam, éd. P.O.L, 440 p., 19 E.

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