Noguez geignant, à nu

Noguez geignant, à nu

Célèbre pour son humour, Dominique Noguez n'a cette fois-ci pas envie d'être drôle. Ce n'est pas que la plaisanterie soit l'ennemie du sérieux - l'auteur d'Ouverture des veines et autres distractions et de La Véritable Histoire du football et autres révélations l'a déjà prouvé -, mais elle suppose tout de même une forme de légèreté qui colle mal à l'ambition d'Une année qui commence bien. Dès la deuxième phrase, l'écrivain leste ses intentions d'un mot : « sincérité ». Projet longuement mûri, ce livre a tout du fruit qui se décroche de sa branche et dont la chute est, paradoxalement, une libération : dans ce récit autobiographique, Dominique Noguez revient, « sans aucune altération du vécu », sur sa tumultueuse relation avec Cyril Durieux, tout en sachant que « raconter sa vie ce n'est pas seulement, comme dit Martial, vivere bis, vivre deux fois, c'est vivre la deuxième fois, un peu moins sot ».

Voilà pourquoi l'humour n'est pas à l'ordre du jour. Car « pour faire de l'humour [...] il faut se sentir sûr de soi, et léger jusqu'à l'inexistence », alors qu'ici l'écrivain « essaie, au contraire, de retrouver le manque d'assurance et la pesanteur précise de ces jours de fièvre ». Avec minutie, Une année qui commence bien exhume et étale les affres d'une passion amoureuse d'autant plus douloureuse que son objet est particulièrement fuyant. Cette précision parfois excessive donne quelquefois au livre l'allure d'un almanach des années passées avec son lot de détails triviaux scrupuleusement exposés (dont une attention toute particulière portée aux menus, aux vêtements et à la météo), mais cela tient à la nature de l'entreprise de Dominique Noguez : non pas inventer, mais faire l'inventaire. Seule méthode efficace pour enfin saisir et disséquer cet amour mis à mal par un amant aussi volatil que mythomane. Cyril « était l'un des êtres les plus ingénieux, proliférants, irrattrapables » que l'auteur ait jamais rencontrés, et il s'agit donc de séparer le bon grain de l'ivraie - de séparer la fiction de la réalité.

Aussi douloureuse que cathartique, cette opération aurait pu offrir le beau rôle à l'écrivain - vu les sévices émotionnels subis, Dominique Noguez pouvait assez légitimement réclamer avec quelques trémolos convaincants la pitié ou la sympathie qu'il mérite. Mais, dès le début, il prévient que ce livre ne sera pas le procès tardif de son amant : « Je pense qu'il n'y a pas d'autre mal, dans l'affaire que je vais vous conter, que celui qu'on se fait à soi-même. » Place donc au ton « lyrico-gémissant », pas toujours évident à supporter, avec ce qu'il comporte comme lamentations ressassées de bout en bout (le constat désabusé « bref, nous n'avions pas avancé d'un pouce », lâché à mi-parcours, s'applique aussi à la fin de ce récit, où ni l'amant ni l'amoureux ne changent véritablement de stratégie), mais qui étonne si l'on considère la dose de courage qu'exige la réalisation d'un autoportrait aussi peu reluisant.

Grand entretien

Claire Marin © HANNAH ASSOULINE/Ed. de l'Observatoire

Claire Marin
Auteure de Rupture(s) (éd. de l'Observatoire)

S'abonner au magazine

S'abonner au magazine