Musil, Manganelli...Les vertiges du possible

Musil, Manganelli...Les vertiges du possible

Et si le monde n'était qu'une hypothèse parmi d'autres ? Lorsqu'elle remet en cause toutes les évidences, la littérature ne plonge pas forcément dans la mélancolie : elle peut aussi s'émerveiller de tout.

Le doute, que le cartésianisme a faussement élevé au rang d'une méthode, appartient autant à la littérature qu'à la philosophie. On n'y prête peut-être pas suffisamment attention, mais un large pan de la littérature moderne ne lui doit pas seulement quelques-unes de ses oeuvres majeures, les plus inquiètes ou les plus cocasses, de Franz Kafka à Robert Musil, à Samuel Beckett ou à Giorgio Manganelli ; elle lui doit aussi une posture particulière qui a contribué à renouveler les ressorts ordinaires ou traditionnels sur lesquels le roman avait jusqu'alors établi son empire. Cet empire, à la mesure des certitudes bourgeoises, était à peu près celui du roman de formation ; le doute a été l'instrument de sa déréliction. L'effet le plus visible aura été la perte de la promesse qui s'y trouvait contenue d'une réconciliation de l'esprit et du monde.

Plus élémentairement, toutefois, une secrète parenté unit le doute à la fiction. Imaginer une histoire, des personnages, des lieux, en le ...

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À lire :Divers, Pierre Guyotat, éd. Les Belles lettres, 496 p., 27 E.