Mise au parfum

Mise au parfum

On croyait tout connaître sur le parfum star de Chanel. Avant qu'une enquêtrice minutieuse y mette son nez.

Chanel N° 5 : « un parfum mythique et intemporel » ? La fragrance, mondialement connue, servie par des campagnes publicitaires iconiques, totem du chic, a bien trempé dans les bas-fonds de l'histoire. Déjà à l'origine d'une biographie consacrée à Gabrielle Chanel, Marie-Dominique Lelièvre, collaboratrice du Nouveau Magazine littéraire, signe une enquête minutieuse sur la création et le succès du N° 5 qui combine les rencontres dans les salons feutrés de descendants avec les épluchages laborieux des Archives nationales. Sans se départir d'une admiration sincère, enivrée par l'essence et l'inventivité de Chanel, elle rentre dans les combines du capitalisme industriel, loin des techniques de la communication et du marketing lifestyle. D'une guerre à l'autre, l'envers du glamour dont elle témoigne ne se réduit pas à la personne de Chanel, dont les actes de collaboration pendant l'Occupation, notoires, ne sont qu'un aspect du caractère dur et antipathique (« Mue par une force élémentaire, Chanel avance sans scrupule. Son dynamisme entrepreneurial prend le visage de la collaboration. L'injustice du monde ne la concerne pas »). La guerre qui se joue, au sein de l'actionnariat de la société des Parfums Chanel lors de la « déjudaïsation » des biens industriels nationaux, entre Coco et les frères Wertheimer, exilés aux États-Unis, met à jour l'antisémitisme complet de la styliste. Ernest Beaux, créateur du liquide doré, d'abord nommé « Bouquet de Catherine », a fabriqué des gaz de combat pour les armées russes et roumaines en 1915 et s'enorgueillissait d'être « un des principaux animateurs de la Terreur blanche ». Hans Günther von Dincklage, amant allemand de Coco pendant la guerre, a été l'un des espions nazis les plus nuisibles, responsable de nombreux assassinats.

L'histoire du N° 5 est donc aussi celle d'activités de l'ombre aux relents nauséabonds. C'est dans la fragrance elle-même, créée en 1921, son écrin, l'alchimie, le raffinement de ses composants et la fascination qu'ils procurent, que l'on trouve une pureté inaltérée... loin de ses créateurs.

 

À lire : Le N° 5 de Chanel. Biographie non autorisée, Marie-Dominique Lelièvre, éd. Stock, 250 p., 21,50 E.

Entretien

Photo : Frantz Olivié © DR

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