Martin Winckler

Martin Winckler

Madame Bovary, c'est un peu vous, non ?

Dimanche 17 janvier

L'idée qu'un personnage est nécessairement le « double » de l'auteur est bien sûr souvent erronée. En ce qui me concerne, on m'a beaucoup dit que Franz Karma, le médecin chevronné du Choeur des femmes, me ressemblait. Mais, quand j'écrivais le roman, c'est à Jean, le jeune médecin qui s'oppose à lui, que je m'identifiais. Pour moi, Karma représente la figure tutélaire de qui j'aurais voulu apprendre. C'est un condensé de plusieurs individus qui m'ont marqué tels que mon père ou mon parrain en écriture, l'écrivain Daniel Zimmermann, ou le personnage du Dr Niide dans Barberousse de Kurosawa... J'ai de l'admiration pour ces figures-là, précisément parce qu'elles ne sont pas moi. Émotionnellement, je me sens bien plus proche de Jean, de ses préjugés et de ses colères, et aussi du sentiment d'étrangeté qui l'habite. Je n'ai pas de « particularité » anatomique visible mais, intérieurement, je me sens intersexué.

Lire la ...

Pour lire l’intégralité de cet article
d’une marque et j’accède à l’article