Los Angeles again

Los Angeles again

Toujours à la hauteur de son époque, l'écrivain américain nous emporte dans la suite de Perfidia.

Même pour les fidèles d'Ellroy, qui ont bien lu Perfidia, le premier tome de sa série policière consacrée à la Seconde Guerre mondiale, la lecture des cent premières pages de La Tempête qui vient relève de l'épreuve sportive. Tant de flics malins et corrompus, de femmes rouées qui leur tiennent la dragée haute, et d'intrigues - trois affaires criminelles reliées. Sans compter les détails sur les boîtes postales, les soirées orgiaques, les liens entre sympathisants nazis et communistes américains ou mexicains... Mais l'énergie de l'écriture emporte tout. Sèche et sarcastique quand elle narre, plus tempérée quand elle adopte la voix de Kay Lake, elle vous tire comme un courant à travers un paysage qui s'éclaircit peu à peu.

Nous avions découvert, dans Perfidia, les façons répugnantes par lesquelles le policier Dudley Smith entendait tirer parti de l'incarcération des citoyens d'origine japonaise. La Tempête qui vient raconte l'affrontement du génial et corrompu Dudley et d'un autre grand flic, réel celui-là : Bill Parker, catholique à la morale tourmentée et à l'haleine alcoolisée. Entre eux, plusieurs femmes : la gauchiste à orientation variable Claire De Haven, la brillante Joan Conville, devenue une pointure de la police scientifique, la remarquable Kay Lake. Et aussi plusieurs hommes : le flic d'origine japonaise Hideo, pris entre son amour pour Dudley et ses scrupules, le sympathique Elmer Jackson, flic et patron de bordel, le réalisateur Orson Welles... Mais c'est bien le chaos qu'Ellroy veut nous montrer. Chaos d'une Amérique terrifiée par la présence d'une « cinquième colonne » ennemie. Chaos d'un LAPD alors réputé pour sa corruption. Chaos d'une époque qui semblait faite pour qu'il la transcrive.

 

À lire : La tempête qui vientJames Ellroy, traduit de l'anglais États-Unis par Sophie Aslanides et Jean-Paul Gratias, éd. Rivages/Noir, 850 p., 24 E.

 

Photo : James Ellroy © PHILIPPE MATSAS/OPALE/LEEMAGE/ÉD. RIVAGES

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