L'oiseau Diderot, tout ouïe et sur tous les tons

L'oiseau Diderot, tout ouïe et sur tous les tons

Le critique Jean Starobinski nous offre un post-scriptum à son récent Diderot, un diable de ramage. Revenant fréquemment sous la plume de Diderot, le mot «ramage» signale une grande sensibilité aux voix et aux sons du monde, laquelle nourrit toute une conception de l'écriture et du style.

« J'ai un diable de ramage saugrenu, moitié des gens du monde et des lettres, moitié de la halle. » C'est ainsi que, dans la Satire seconde, l'autre titre du Neveu de Rameau, le singulier héros de Diderot reconnaît l'anomalie de sa parole : un mélange désordonné, une production bigarrée, révélateurs d'un être qui a renoncé à toute prétention d'intégrité. Cet individu est divisé. Il reconnaît sans difficulté que sa parole est un impur mélange. Beau joueur, il regrette de ne pouvoir « s'énoncer » avec la même aisance que le philosophe. Mais il fait savoir aussitôt que cette aptitude, s'il la possédait, ce ne serait pas pour rechercher la vérité, mais pour faire triompher l'imposture et en tirer profit. Cet homme au langage bipartite déclare à l'honnête philosophe qu'il n'est pas de son bord. Surprise ! les propos qu'il tiendra diront vrai sur le monde et la société dans lesquels tous deux se meuvent. On sent bien, de surcroît, que Diderot se réserve, lui aussi, un do ...

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