Axl Cendres, dandye sensible

Axl Cendres, dandye sensible

Hommage à l’autrice jeunesse Axl Cendres, décédée cette semaine à l’âge de 37 ans.

Par Alexis Brocas.

La mémoire fonctionne par métonymies. Quand j’ai appris la mort de l’autrice Axl Cendres, 37 ans, j’ai tout de suite réentendu son rire. Un rire grave, rocailleux et bienveillant, qui savait se moquer des choses sans se moquer des gens. Un rire qui vous secouait et vous donnait un aperçu des paysages intérieurs cachés derrière. Un rire comme la couverture d’un livre ou comme une signature sonore, à la fois identifiable immédiatement et impossible à imiter. 

Depuis les années 2007-2009, j’ai eu la chance de côtoyer Axl dans les locaux des éditions Sarbacane – notre chère maison commune – ou lors des fêtes organisées par Tibo Bérard – notre ami et éditeur commun. A l’époque, j’avais été touché par son élégance punk habillée de cuir, par cette façon de se tenir très droite – Axl avait tout d’une dandye, sauf la prétention – et par ce fameux rire. Nous n’étions pas si proches mais nous nous entendions bien : nous avions tant de passions en commun. Et j’étais toujours heureux de la retrouver lors de ces évènements. 

Tibo avait réussi à créer, autour de sa collection Exprim, une vraie bande d’autrices et d’auteurs. Axl en était un visage essentiel. Elle dégageait de la force, parlait haut sans chercher à imposer quoi que ce soit, sinon son humour. Elle dégageait aussi, en même temps, une grande vulnérabilité, qu’elle ne tentait pas de cacher. Et tout cela se retrouvait dans le titre en forme d’injonction d’un de ses beaux livres, Aimez-moi maintenant

Des milliers de lecteurs ont répondu à cette touchante mise en demeure. Axl est morte lue et aimée. Elle est morte couronnée de succès. Ses personnages sensibles et cabossés par la vie, – Dysfonctionnels pour reprendre un de ses titres – ont inscrit leurs quêtes d’amour ou d’eux-mêmes dans des foules d’imaginaires adolescents et adultes. Ses livres ont appris à leurs lecteurs que l’imperfection était adorable, et que l’humour, la tendresse, la peine pouvaient se conjuguer en même temps sur une même page. 

Il est difficile de parler honnêtement des livres de quelqu’un que l’on vient de perdre : la peine bouche le regard, et les louanges qu’on adresse alors ressemblent à des chrysanthèmes. Mieux vaut laisser la parole à ses lecteurs qui se sont exprimés de son vivant – ils sont des centaines, sur le site Babelio, à avoir témoigné de leurs enthousiasmes pour les livres d’Axl. Leurs mots ne sont pas ceux de critiques, mais de passionnés. D’après Selene, « Mes idées folles est un roman extraordinaire, il est rentré directement dans ma bibliothèque de merveilles, là où seuls quelques rares élus ont le droit de trôner, (…) D'ailleurs, cette chronique n'a pas pour but, contrairement à d'habitude, de vous conseiller des romans à faire lire à vos élèves, enfants ou autres, mais bien de vous convaincre de le lire vous-même. Un style décalé, très bien maîtrisé, un humour déjanté et une intrigue sans queue ni tête mais suffisamment prenante pour qu'on ne ferme plus le livre une fois ouvert. Je suis conquise. »   

Sur la Drôle de vie de Bilbow Bradley, son délirant roman d’espionnage, Peglutine écrit : « C'est un coup de coeur et une pépite: vous ne verrez plus les années 60 de la même manière après cette lecture! Bibow, faux héros pas si naïf, pose sur le monde qui l'entoure un regard blasé mais acéré, et pointe par son attitude les paradoxes de cette époque (communisme vs capitalisme et guerres associées). Il traverse les événements, rarement ébranlé (sauf par le sourire de Melly), garde une distance grâce à son don et se fait manipuler par la CIA tout en gardant un esprit critique sur le fond de ses missions. » Sur Dysfonctionnelle, son plus grand succès, « Sincèrement, j'avais l'impression de m'être pris une grosse claque en refermant ce livre. Il nous montre la vie, la vie que certaines personnes ont ; pas une petite vie simple, chouette, avec les petits tracas normaux ; une vie chargée, remplie de choses inédites… Et ça, c'est tout simplement magnifique. » (Lecturavie)

Sur Cœur battant, son dernier livre, qui parvenait à transformer un pacte suicidaire en une aventure existentielle pleine de poésie douce : « Comment recommander un livre qui parle d'un des sujets tabous les plus délicats : le suicide ? (…) Et pourtant, lectrice, lecteur, IL FAUT LIRE CE LIVRE !!! (je crie assez fort ou je recommence ?) Parce que justement, ce petit bijou aux mots justes brodés d'humour noir et de tendresse à fleur de peau aborde bien plus que le thème du suicide : la reconstruction, l'espoir, la force de l'amitié et la complexité de l'amour, la VIE quoi ! » écrit une commentatrice (« La-Licorne-à-lunettes ») avant de citer Axl : «L'amour », j'ai pensé à voix haute, « c'est gommer les laideurs du monde avec la beauté d'un seul être. » 

 

Photo : Cendres Axl © CC by SA 4.0 Mariokevin86.JPG

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À lire : La tempête qui vient, James Ellroy, éd. Rivages/Noir

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Pour accompagner notre dossier sur la littérature érotique, nous vous proposons de plonger, en partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bnf, dans la vie de Rachilde, la reine des décadents.

Illustration : Le journal des Débats, 27 mars 1899 - source : RetroNews-BnF