L'humanité entière

L'humanité entière

L'oeuvre de Toni Morrison reflète la virtuosité de femmes et d'hommes privés du droit à l'alphabétisation, qui ont façonné la littérature américaine.

Il n'y a jamais de bon moment pour mourir, mais le silence laissé par la disparition de Toni Morrison en cet été 2019 est abyssal. Jamais son pays, en perdition, n'a semblé plus éloigné de son Amérique, et sa présence était une consolation. On voudrait lui adresser les mots qu'elle avait dédiés à James Baldwin : « C'est cela le cadeau étonnant que, par ton art, tu as eu l'amitié de nous faire : tu nous as donné de penser à nous et de nous chérir (1). » Elle y ajoutait qu'en lisant Baldwin elle avait appris à se connaître elle-même. Le propos est valable pour l'Amérique, devenue plus clairvoyante et plus riche grâce à l'oeuvre de Toni Morrison, une plongée littéraire en soi, sur les traces d'une histoire nationale non dite.

Au commencement fut la perte, le crime, le traumatisme originel, la déportation de millions d'Africains vers les Amériques. Ainsi se comprend la dédicace de Beloved, son roman le plus célèbre, « Soixante millions et plus encore », ...

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard