Lettres aux pères

Lettres aux pères

Faut-il tuer le père pour écrire ? Pas nécessairement le sien propre, s'il s'avère qu'il ne vous a jamais mis de bâton dans les roues, à moins que son indifférence ne soit aussi une source d'amertume. Mais sans doute les pères en littérature - ces écrivains qui vous ont illuminé mais qui vous écrasent.

Il y a toujours une grande jubilation à lire comment un auteur dézingue son père. « Tu pris à mes yeux ce caractère énigmatique qu'ont les tyrans dont le droit ne se fonde pas sur la réflexion, mais sur leur propre personne (1) », écrit Kafka à son père, et la phrase est magnifique comme tout ce qui est écrit dans la fameuse lettre de 1919 qui fut publiée presque trente ans après la mort de son auteur. Son père vient de s'opposer à son mariage, Kafka écrit cette longue lettre amère et subtile : il se recon naît tous les torts, pare son père de toutes les puissances, tend sa lettre comme un fil au-dessus de gouffres masochistes et opère peu à peu un délicat renversement : le père est un tyran effrayant incapable de dialogue ou de compréhension. J'ai lu ce texte à la sortie de l'adolescence, à une époque où je lisais tout ce que je pouvais me procurer de Kafka. J'ai rêvé longtemps d'écrire une telle lettre : un pamphlet de velours, délicieusement douloureux et sans ap ...

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