Les spirales d'un assassinat

Les spirales d'un assassinat

Vol, meurtre, enquête de voisinage... Cela commence comme un polar, mais la résolution de l'énigme devient bien vite secondaire. L'essentiel est ailleurs : un déchaînement de la langue à la Joyce, agglutinant les mots, les visions et les personnages hauts en couleur. Paru en 1957, adapté au cinéma dès 1959 sous le titre Meurtre à l'italienne, cette cathédrale baroque bénéficie aujourd'hui d'une nouvelle traduction.

Qui a délesté la comtesse de ses bijoux ? Qui, deux jours plus tard, dans le même immeuble cossu de la Rome éternelle, a tranché la gorge de la belle Liliana ? Lecteur naïf qui t'attends à trouver à l'issue d'une intrigue riche en péripéties l'identité et les mobiles du ou des coupables, nous devons te mettre en garde : tes attentes seront déçues - si l'on peut dire - au-delà de tes espérances.

Rien ne manque, pourtant, dans L'Affreuse Embrouille de via Merulana, de Carlo Emilio Gadda, à l'appareillage standard du polar : un enquêteur nonchalant apte à échafauder les hypothèses les plus baroques et flanqué d'adjoints abrutis, une foule jacassante de suspects et de curieux où jouent des coudes puissants et miséreux, et un faisceau de pièces à conviction de toutes obédiences (joyaux somptueux, écharpe crasseuse, testament olographe, gapette de gouape, ticket de tramway bleu pâle roulé en boule, etc.). Mais surtout un cadavre troublant, ainsi livré à la vue dans son ab ...

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard