Les retours du fils prodige

Les retours du fils prodige

Le Napolitain Erri De Luca invente un dialogue nocturne avec l'enfant qu'il n'a pas eu. Occasion d'un regard sur sa vie sous l'oeil incisif d'un rejeton rêvé.

« Au fond, je suis un persécuteur d'absents », déclarait Erri De Luca au Monde, dans un entretien de 2005. S'il songeait alors aux morts que ses récits « forcent » à revivre, c'est un absent plus absolu que convoque Le Tour de l'oie. Un soir d'hiver, alors que la foudre a plongé dans l'obscurité la vieille ferme bâtie de ses mains, l'écrivain fait surgir à la lueur de sa bougie le fils qu'il n'a jamais eu. Pour ce Pinocchio d'une nuit, il remonte le circuit spiralé de sa vie en jeu de l'oie : enfance paysanne, baiser « numéro un », case usine, guerre de Bosnie, mandats d'arrêt de Lotta continua, voyage intense au fond d'un jeûne et leçons d'humilité de l'alpinisme, passion de toute une vie. Bientôt, le rejeton se met à parler lui aussi. Sans détour ni ménagement, il répond comme seuls les fils savent le faire, avec ce soupçon de sarcasme et de circonspection, ce ton bravache et désabusé de qui jauge à distance les fièvres de ses aînés.

Aussi coriace et irré ...

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Entretien

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