Les mots nous manquent

Les mots nous manquent

La destruction de la nature passe aussi par celle de son lexique, appauvrissant ainsi notre imaginaire.

La nature dans laquelle nos ancêtres ont vécu, jusqu'au tournant du XXe siècle, a disparu de nos pensées et de nos rêves, bien avant de mourir devant nos yeux écarquillés. Oui, le désastre écologique de la « sixième extinction », auquel nous assistons avec une impuissance fausse, en réalité criminelle, s'est d'abord produit sous la forme d'un effondrement imaginaire, mais aussi linguistique. Si les jeunes descendent aujourd'hui dans la rue en défense de « la nature », c'est aussi parce que, par une érosion mentale qui a duré plusieurs générations, ils ne peuvent plus en parler autrement que par des généralités. Ainsi a disparu ce que l'historien Romain Bertrand appelle « le détail du monde », avec des conséquences écologiques monumentales ; car, « si nous ne savons plus aimer les êtres naturels, c'est que nous ne savons pas les nommer ».

En plongeant dans l'histoire de l'histoire naturelle, le détail du monde refait donc le chemin pas à pas. Retournant au XVIIIe siècle, Roma ...

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Entretien

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