Les âmes noires

Les âmes noires

L'auteur des Âmes grises surprend en s'aventurant sur le terrain de la farce sarcastique, sinon nauséeuse : en vingt-cinq chapitres accablants ou cafardeux, il fait un portrait cauchemardesque de ce début de XXIe siècle. Congélation de bébés, grand-mère défunte boulottée par la famille, soirée suicide, zoophilie piscicole... On rit jaune plus souvent qu'aux éclats.

S'il est un objet de querelle entre l'histoire et la littérature, c'est l'humour noir. On voit bien de quoi il s'agit, du moins en gros : rire du pire. Mais on ne sait pas qui a commencé ni quand. Les partisans d'une certaine tenue intellectuelle dans les débats les plus scabreux désignent pour inventeur l'illustre Nietzsche, par la grâce d'une petite annonce nécrologique : « Dieu est mort ! » Surgissant au terme de deux millénaires de christianisme, le porteur, Zarathoustra, se tailla un franc succès avec cette dépêche métaphysique, mère sublime de toutes les fake news. Voire la grand-mère. Ce qui démontre au moins qu'en 1885 on savait régaler le public en trois mots. Mais d'autres théoriciens affirment que le philosophe allemand avait été largement devancé dans la production funèbre par Jonathan Swift, qui, en 1729, tandis que la famine sévissait en Irlande, avait suggéré, dans sa satire Humble proposition, d'y remédier en mangeant les enfants.

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« Je reste roi de mes chagrins », Philippe Forest, éd. Gallimard